lundi, juillet 24, 2006
samedi, juillet 22, 2006
FUTUR-INTERIEUR
Ce n’est pas le contenu des lettres qui est douloureux à lire, malgré les larmes qui sont encore en train d’y sécher ; c’est notre complicité passée qui s’en dégage, qui voulait dire tout autre chose que de l’amitié. Moi je le savais.
Tu sais, assis dans les douves à relire toutes ces lettres, à regarder ton visage marqué par tout ce temps que nous n’avons pas passé ensemble, je pense à ces hivers où je n’étais pas là, où nous ne savions plus que nous existions l’un et l’autre, et j’ai presque envie de hurler quand au détour d’une phrase, tu me l’écrivais, que je n’étais pas là, que tu t’étais débrouillée. Peut-être le hurlais-tu.
Conditionnel Printemps, plus-que-parfait de l’été, automne du subjonctif, prétérite des hivers passés. Tu sais, assis seul dans les douves, une fois que tu es partie rejoindre ta réalité, j’invente des nouveaux temps pour parler de toi, de nous, et essayer de nous conjuguer. Et puis il y a celui que j’appelle futur intérieur, et c’est pour un temps la seule façon qu’il me reste pour t’exprimer. Tous les verbes sont au présent, mais on ne s’en sert que pour parler de choses qui n’arriveront jamais. Parce que tu as compris trop tard que tu m’aimais. Tu ne me l’as pas dit, je sais – et là c’est un effet de style qui ne va pas pour me rassurer- mais j’ai tellement peur que ce soit ta manière de penser ; ta manière d’éviter de devoir confronter un jour les deux réalités.
jeudi, juillet 20, 2006
PROPENSION
Je me souviens, enfant, de ce crayon et de cette gomme ; mon sourire triste et entendu quand, bien avant d'avoir actionné ce doigt qui sert à lancer une bille, je regardais la gomme, sachant déjà bien qu'elle n'irait pas bien loin. Le crayon, lui, m'attendait là, il était prêt à accepter le contact avec mon doigt, il était prêt à partager la complicité de celui qui saurait se rendre compte qu'il n'était pas seulement fait pour t’écrire, qu'il était bien plus heureux à rouler sur la table, maintes et maintes fois, et qu'il pourrait même se permettre des variations musicales pour exprimer sa joie, table en métal ou table en bois, chutes verticales, rebonds et silence terminal à plusieurs mètres de moi. J'applaudis. Et toutes ces étoiles, ces cercles, ces gravitations qu'il dessinait sur la persistance de mes rétines quand je lui donnais l'impulsion sur un côté. Nous étions faits pour nous entendre ; j'admirais ses fantaisies, aux antipodes de ce que les autres attendaient, résignés, de lui, et il me le rendait bien. Ce crayon, je l'ai ressorti récemment, après un long sommeil de vingt ans. Il tremblait entre mes doigts.
mercredi, juillet 19, 2006
PEAU-AIME-(23)
Seul depuis si longtemps
Peau brulée par les rayons ardents
Dérivant dans l’éternité du temps
Et les cheveux bousculés par le vent
Il meurt
Enfin la vie
Il a quitté le désert pour les eaux pures
Il est tombé à genoux, poings serrés
Déchainé
Enfin la liberté
Nul ne saura jamais
Que le lieu de son départ
Est le cimetière des autres
L’âme libérée, les yeux sans reflets
La bouche ensablée prononçant ton prénom
La main crispée sur ton seul souvenir
-tu es loin-
Enfin te retrouver
Il réfléchit pour la dernière fois. « Je suis moi »
Mort paisible de celui qui t’aimait
[Mort désertique] [Xavier pour D.] [19 mai 1985 - 21h] [2/2]
PEAU-AIME-(22)
Plus profond encore
Mes oreilles bourdonnent
Je me noie
Les yeux ne pleurent pas
Les sentiments ne sont plus là
Je me noie
L’eau est bleu pâle
Le monde est trop calme
Je me noie
J’abandonne enfin, j’attends
Dérive lente dans cet océan
Pour la dernière fois
Enfin je suis nature, unité
Depuis si longtemps que je te voulais
Maintenant je te vois
Baisers salés
[Noyade] [Xavier pour D.] [19 mai 1985 - 21h] [1/2]
mardi, juillet 18, 2006
METEO-MARINE
EXTRACTIONS-TRENTE-NEUF
Walter Tevis
Edition originale, The Steps of the Sun, 1982
Le soleil pas à pas - Présence du Futur, Editions Denoël, 1983
"Il est dans la galaxie des beautés que l’esprit humain ne peut qu’effleurer et frôler avant de devoir se retirer. Il est des couleurs et des courbes auxquelles ne sont pas préparés nos yeux et nos nerfs de descendants d’amibes des tièdes océans primitifs. J’avais dû détourner le regard."
READ DURING WEEK 25&26/06
dimanche, juillet 16, 2006
FIN-DU-MONDE
« Avant la fin du monde, je voudrais me lever frais, dispo, léger, juste une fois, juste un matin, ce matin là de fin du monde. Avant la fin du monde, je voudrais déguster dans l’air frais, dispo, léger, quelques croissants, beurrés et de mûres mures confiturés, puis m'enivrer éperdument de melons juteux et craquelés, comme un iguane immonde. Avant la fin du monde, je voudrais goûter l’éternel de la perfection risiblement assouvie, arrêter de faire de moi des confettis, et pouvoir t’écrire des poèmes dépassant ceux de Jules Supervielle, pas beaucoup, ni trois, ni deux, juste un, mon premier dernier poème d’une matinée de fin du monde. Avant la fin du monde, je voudrais te prendre la main, errer dans la lavande, pouvoir me dire que j’y suis parvenu enfin, prendre le pouls au bout de tes doigts, si fins, du monde. Avant la fin du monde, je voudrais juste savoir si celle-ci se produira en plein jour ou de nuit, parce que je veux être réveillé et sûrement pas couché au lit, si c’est une nuit de fin du monde. Avant la fin du monde, je veux nous entendre nous dire -je t'aime-, et que ces mots s’incrustent à la fin de la bobine, celle du film du monde. Avant la fin du monde, je veux pouvoir me rappeler toutes ces treizièmes heures, toutes celles que nous avons passées ensemble en ce bas monde. Avant la fin du monde, je veux m’être brûlé les rétines dans tes yeux, et t’avouer ridicule que c’est peut-être aujourd’hui, la fin du monde. Avant la fin du monde, je veux apprendre par cœur toutes ces lettres que tu as oublié de m’écrire, toutes ces lettres que tu as oublié m’avoir écrites, pour les réciter sans fin, à tout le monde. Avant la fin du monde, je veux que tu sois mienne, et la mienne, ma fin du monde. »
jeudi, juillet 13, 2006
DISTRIBUTEURS
Errer dans les rues, se rendre à un distributeur automatique, et de là chercher des yeux le prochain. Après l'avoir fait d'un extrême à l'autre, j'aurai probablement pu traverser Tokyo à pied d'une extrémité à l'autre, peu importe la direction ou le point de départ que l’on choisira de façon arbitraire: un parcours fléché, solitaire, nul besoin de faire composter son billet, ni même de consommer, au choix, celui du hasard -même si vous conviendrez qu'il est quelque peu arrangé par les petites camionnettes qui viennent remplir les machines le matin: des boissons chaudes, des boissons froides, des revues pornographiques, des sandwichs, des piles, des CD… et tant d'autres babioles futiles que j'ai oubliées. Des cigarettes. Il y a peut-être plus de distributeurs que de voitures en surface à Tokyo. Elles sont appelées 'Machine Automatique de Vente'. J'appelle ça avoir le sens du concret: la machine est là pour vendre, et non pas pour distribuer. C'est peut-être cette brèche dans la manière de définir clairement les choses qui fait que les nôtres sont toutes saccagées.
J'ai posté ce matin à L'INRI divers plans et brevets de machines symptomatiques, attributeurs traumatiques, et j'attends maintenant, au vent calme de l'ennui qui souffle sur la terrasse, que la police vienne me chercher. Pour quelque asile faiseur de bien, pour Sainte-Hélène, exil lointain. Nul ne me laissera installer dans les rues mes grandes armoires métalliques qui vous propose de somptueuses galaxies pour vous y évader, moyennant le prix du danger, des embarcadères que l'on fait pousser la nuit avec de l'eau oxygénée, qui vous emmène où vous voulez, ou vous y ramène si vous le voulez; des réverbères; pour vous y retrouver. Qui vous propose de vous regarder dans la glace sans y voir toujours cet étranger, qui vous propose de changer d'espèces, si vous vous laissez d'abord vacciner. Contre la rage que vous portez.
Je garde quand même un petit espoir, pour la machine qui saura vous changer les idées. C'est peut-être la seule qui pourrait me sauver.
EXTRACTIONS-TRENTE-HUIT
Et je me rappelai le Quatorzième Livre de Bokonon, que j’avais lu intégralement la veille. Le Quatorzième Livre est intitulé « Existe-t-il, pour un Homme Réfléchi, une Seule Raison d’Espérer en l’Humanité sur Terre, Compte Tenu de l’Expérience du Dernier Million d’Années ? »
Le Quatorzième Livre n’est pas long à lire. Il consiste en un seul mot : « Non. »
READ DURING WEEK 24/06
mercredi, juillet 12, 2006
PEAU-AIME-(21)
J’ai presque envie, souriant, de m’ouvrir les veines.
Evacuer tous ces sentiments qui s’y baignent,
comme on prive la marre suppliante et verdâtre
de ses millions de litres d’eau pâle et saumâtre.
J’ai presque envie d’un bandeau serré sur mes yeux,
pour que cesse enfin l’hémorragie des larmes,
et comme on conduit un soldat las sans arme,
au pilori, quelques coups de fusil, adieu.
J’ai presque envie de brûler ma peau au soleil,
que la sueur me vide de tous ces vains efforts,
ceux du taureau qui, dans l’arène, s’émerveille
de tous ces gens venus assister à sa mort.
Ou alors.
Ou alors faire l’amour avec Toi.
Pour la première fois.
[Mécanique des fluides] [ Voiker]
PEAU-AIME-(20)
Prends un peu de mon temps,
comme s'il t'appartenait,
et fais moi rire avec.
Prends un peu de ton temps,
pour te payer ma tête,
et rends moi ivre avec.
Dans mes yeux en nage,
plus rien de si important.
Et surtout pas ce petit rien du tout de temps
qu'on ronge jusqu'à la fin pour se faire les dents.
[Ethymose] [Voiker]
lundi, juillet 10, 2006
FALAISE-EN-BOIS
Et puis il y a cette falaise qui me laisse ouvrir des voies dans l'immatériel, dans l'harmonie intime et ultime du début des bouts de mes doigts. Une falaise en bois. Devant elle aussi, mes pieds hésitent, devant elle aussi mes yeux s'affaissent, sous les effets enivrants de ma propre érosion. Je tends mes mains vers elle, m'asseyant sur un petit océan de velours bleu, et caresse ses échancrures, mes phalanges sur la douceur de ses nervures, frôlant l'indolente immobilité qui précède l'instant sublime où elle rompra le silence et saura exprimer mes propres césures, voiles de bateau comme des dièses ou des bémols à la clef, mes moments d'absence, ceux où en fait j'apparais, mes jouissances, comme des bulles de savon dans un air raréfié. Mes tremblements, d'éther, mes dérisions, sincères, mes atermoiements et mes songes et mes relents et tous mes moments solitaires et. Coda. L'écho qui bientôt montera de la falaise est cette vague qui s'amuse de me noyer invariablement, et bientôt insouciant je me laisse emporter, transporter, déporter par ses portées dissolvantes, ses espaces réparateurs, son rythme plus ou moins inquisiteur, ses nuances plus ou moins dénudées, jusqu'aux portes des terres non-cimentées de l'improvisation, quand une note récurrente s'instille en moi pour me faire vibrer comme un diapason, et qu'en mes doigts surgit une autonomie qui leur est propre, et qui se met à dialoguer avec ce qui reste de plus profond dans ce qui git au plus profond de moi. Je les regarde, détaché, se détacher de moi. Sur la pointe des pieds.
dimanche, juillet 09, 2006
PEAU-AIME-(19)
Des nuées de molécules d’air,
Habile mélange, oxygène invisible,
Avaient envoyé la nappe à terre.
Je la ramassais au vent imprévisible.
Cela prit beaucoup plus de temps qu’il n’en fallait.
C’est dans cette opulence que je veux t'emmener.
Peu importe où, pour te dire toute la vérité.
Juste toi, et moi, émois.
Dans l’air du temps en l’air.
[Bourrasque] [Voiker]
vendredi, juillet 07, 2006
SALUT-ROBOT
J'eus beaucoup de mal à accepter ses explications, quand il fallut accepter l'idée que tous les oiseaux étaient robotisés. Preuve en est qu'ils rechargent leurs batteries en se posant sur les lignes électriques, et qu'ils prennent leurs consignes sur les lignes téléphoniques. Il resta muet sur les questions que je lui posais à propos de mon épouse. Comment est-il possible que personne n'ait découvert la supercherie ? Lui de m'expliquer que les chasseurs sont des androïdes -avec des fusils. Très bonne couverture. Je me disais aussi...
Et puis il a pris la main. Façon de parler. Il m'a demandé mon prénom, et je lui ai donné. 'Xavier'. Et c'est à ce moment là que le parking s'est écroulé; il m'a dit combien j'étais loin de me douter de tous les prénoms dont certains osaient m'affubler, et il m'en a énuméré toute une flopée. Commençant par Utilisateur, Consommateur, Usager, enchaînant par Contribuable, Passager, Salarié, dérivant sur Bloggeur, Pseudo, et même Membre Privilégié pour les clubs A, B et C. Il m'a fait comprendre que des tas de gens me connaissaient sous une autre identité. Et puis il s'est renfoncé le ressort d'un petit coup de tête sur la vitre, et il s'est envolé. Je suis resté, longtemps je crois, debout près de ma voiture, les mains dans les poches.
jeudi, juillet 06, 2006
BOULES-DE-CAILLOUX
Combien de gens sont partis en voyage, cloutés entre des planches comme dans des containers, après que des grues aux manches retroussées les déposent dans ces fosses de fortune qui ne s'ouvrent que très rarement, pendant les crachins, les orages, les averses. De larmes. Il n'y a jamais eu grand monde dans un cimetière; toutes les bières sont emportées depuis bien longtemps par les flux et reflux de la terre. Comme des barques, elles voguent sous nos pieds, parcourent le monde, dans le calme de notre douce ignorance. Un peu terre à terre, je me disais qu'en certains points du globe devaient sûrement se produire des embouteillages monstrueux. Mais s'eut été oublier un élément essentiel dans mes tergiversations: les taupes.
mercredi, juillet 05, 2006
ZEBRAS
La Joconde orange électrique qui illumine mon T-shirt dans le dos semblait découvrir les joies éphémères des happenings sur bande d'arrêt d'urgence. Elle souriait, comme à son habitude.

mardi, juillet 04, 2006
VIDER-SON-SAC
Une femme à la peau chocolatée, trop bien portante, repère comme moi le désarroi et le cahier, d'une main l'extirpe et se met à le feuilleter. Elle reprend sa marche, tourne les pages; des collections de lignes à l'encre bleu, des collages. C'est cinquante mètres plus loin que se situe la prochaine poubelle. Je ferme les yeux. J'entends comme le bruit d’un cahier qu’on jette dans une poubelle publique.
Moi aussi j'ai vidé mon sac lors du dîner l'autre soir, à ma gamine, qui se complait volontairement dans les limites fixées par celles de ses propres livres et cahiers, ne faisant aucun effort pour remettre en cause ces vérités inscrites sur les polycopiés, ne voyant pas l'intérêt de s'intéresser à autre chose que l'espace défini et cloisonné pour les interrogations pré-programmées. J'avais la gorge qui se nouait, en lui racontant mon désarroi à moi quand le soir je regarde les étoiles sans pouvoir les nommer. En lui disant que l'on peut apprendre à l'infini, que l'intérêt est d'abord en soi et non pas patronné de manière aléatoire par les chaines de télé. Il y avait un oignon sur la table; je lui ai dit que des gens s'y intéressaient, qu'ils pourraient lui faire pendant une heure un exposé.
PEAU-AIME-(18)
Un doigt tendu vers les boutons dans l'ascenseur.
Quand une ampoule mal vissée tousse et vacille,
que les portes enferment mes yeux avec lenteur,
la cage étrangement silencieuse et docile.
Parce que je n'ai pas encore osé appuyer.
J'entraperçois un court instant tout l'avenir de l'humanité.
[Fraction de seconde] [Voiker]
lundi, juillet 03, 2006
MAJOR-TOM
Il faudra bien qu’un jour je m’en arrange. Endimanché. Ou n’importe quel autre jour, à la rigueur. Celle qui me fait tant défaut.









