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mardi, août 21, 2007

PEAU-AIME-(28)



Cirques cendrés tels les cratères lunaires
De la lampe de nuit qui, pudique, l’éclaire,
Recherchant, minutieuse, bouquetins endormis
Sur les tapis de fleurs que leurs flancs ont flétris,
Couple de minuit, d’admirer nul ne se lasse
La beauté dévoilée de vos uniques faces.

Accrochée là où son pelage s’atténue,
Dans le creux d’une épaule par le vent mise à nue,
Tel l’ancien support maladroitement cousu
D’une croix de guerre qui branlante qui perdue,
Une lointaine bergerie défie de sa présence
La mémoire des anciens, brumes d’adolescence.

Mystique, lent et démesuré vers les sommets,
Le combat du soleil sur les glaces éternelles,
Evoquant les contours d’un visage paternel
Dans l’échoppe du barbier, immobile, oublié,
Ici une joue, là le haut du cou, savonnés,
Attendant ce rasoir qui ne viendra jamais.

Illusion immobile d’une carte postale
Que la caravane des nuages atténue,
Fasciné par mon incapacité totale
De prendre la mesure des millénaires échus.


[Là-Haut] [Voiker]

mercredi, octobre 04, 2006

PEAU-AIME-(27)

Un puzzle,
Immense,
Plein de couleurs.
Deux pièces,
Au milieu,
Exactement.

[Un Puzzle] [D.]

mercredi, septembre 06, 2006

PEAU-AIME-(26)

Regarder tout ce temps qui passe,
les yeux posés sur la rivière,
attendre un bateau qui passe:
en papier, maladroit mais fier.

Te regarder, que tu ne t'en lasses.
S'embrasser de la même manière.

[Repos] [Voiker]

mercredi, août 16, 2006

PEAU-AIME-(25)

Parle moi des naufrages,
qu'on va faire à nos frais.
Tes soupirs, ton corps sage,
et tes mains apeurées.
De cet amour indolore,
puisqu'il n'a pas commencé.
De la culpabilité,
de la légitimité,
de mes baisers sur tes épaules,
à l'ombre d'un saule. Eploré.

Impassible, la saison sèche se dessine.
Intengible, la morte scène des passés.

Et nos présents,
des futurs proches.
Equidistants, maintenant.


[Question de temps] [Voiker]

dimanche, août 06, 2006

PEAU-AIME-(24)

Parfois quand je respire à fond,
Je sens pointer une douleur.
Peut-être un cancer du poumon
Qui prépare mon heure avant l’heure.

Plaçant une main sur ma poitrine,
Rêvant que ces doigts fussent les tiens,
J’espère encore mais je devine,
Las, qu’il n’en sera jamais rien.

Une insolente lucidité
Plus douloureuse que ma douleur
Dont je hais la rapidité
A détruire l’esquisse du bonheur.

J’effleure le mur peint à la chaux
D’un doigt hésitant, indécis,
Et j’en ressens tous les défauts
Qui me renvoient à qui je suis.

Vivre sans toi ; intempéries.
Mourir sans toi. Instant terrible.
Je ne sais de ces deux tueries
Laquelle sera la plus pénible.

Table blanche, ronde ou carré,
Un dernier petit-déjeuner ;
Je te lirai tous ces poèmes
Qui ont la chance que tu les aimes.

Et tournant la page au matin,
Tu oseras me dire enfin
L’endroit d’où provient ce doux leurre :
De mes poumons ou de mon cœur.

[Douleur] [Voiker]

mercredi, juillet 19, 2006

PEAU-AIME-(23)

Seul depuis si longtemps
Peau brulée par les rayons ardents
Dérivant dans l’éternité du temps
Et les cheveux bousculés par le vent
Il meurt
Enfin la vie
Il a quitté le désert pour les eaux pures
Il est tombé à genoux, poings serrés
Déchainé
Enfin la liberté
Nul ne saura jamais
Que le lieu de son départ
Est le cimetière des autres
L’âme libérée, les yeux sans reflets
La bouche ensablée prononçant ton prénom
La main crispée sur ton seul souvenir
-tu es loin-
Enfin te retrouver
Il réfléchit pour la dernière fois. « Je suis moi »
Mort paisible de celui qui t’aimait

[Mort désertique] [Xavier pour D.] [19 mai 1985 - 21h] [2/2]

PEAU-AIME-(22)

Plus profond encore
Mes oreilles bourdonnent
Je me noie
Les yeux ne pleurent pas
Les sentiments ne sont plus là
Je me noie
L’eau est bleu pâle
Le monde est trop calme
Je me noie
J’abandonne enfin, j’attends
Dérive lente dans cet océan
Pour la dernière fois
Enfin je suis nature, unité
Depuis si longtemps que je te voulais
Maintenant je te vois
Baisers salés

[Noyade] [Xavier pour D.] [19 mai 1985 - 21h] [1/2]

mercredi, juillet 12, 2006

PEAU-AIME-(21)

J’ai presque envie, souriant, de m’ouvrir les veines.
Evacuer tous ces sentiments qui s’y baignent,
comme on prive la marre suppliante et verdâtre
de ses millions de litres d’eau pâle et saumâtre.

J’ai presque envie d’un bandeau serré sur mes yeux,
pour que cesse enfin l’hémorragie des larmes,
et comme on conduit un soldat las sans arme,
au pilori, quelques coups de fusil, adieu.

J’ai presque envie de brûler ma peau au soleil,
que la sueur me vide de tous ces vains efforts,
ceux du taureau qui, dans l’arène, s’émerveille
de tous ces gens venus assister à sa mort.

Ou alors.
Ou alors faire l’amour avec Toi.
Pour la première fois.


[Mécanique des fluides] [ Voiker]

PEAU-AIME-(20)

Prends un peu de mon temps,
comme s'il t'appartenait,
et fais moi rire avec.

Prends un peu de ton temps,
pour te payer ma tête,
et rends moi ivre avec.

Dans mes yeux en nage,
plus rien de si important.
Et surtout pas ce petit rien du tout de temps
qu'on ronge jusqu'à la fin pour se faire les dents.

[Ethymose] [Voiker]

dimanche, juillet 09, 2006

PEAU-AIME-(19)

Des nuées de molécules d’air,
Habile mélange, oxygène invisible,
Avaient envoyé la nappe à terre.
Je la ramassais au vent imprévisible.
Cela prit beaucoup plus de temps qu’il n’en fallait.

C’est dans cette opulence que je veux t'emmener.
Peu importe où, pour te dire toute la vérité.
Juste toi, et moi, émois.
Dans l’air du temps en l’air.

[Bourrasque] [Voiker]

mardi, juillet 04, 2006

PEAU-AIME-(18)

Un doigt tendu vers les boutons dans l'ascenseur.
Quand une ampoule mal vissée tousse et vacille,
que les portes enferment mes yeux avec lenteur,
la cage étrangement silencieuse et docile.
Parce que je n'ai pas encore osé appuyer.

J'entraperçois un court instant tout l'avenir de l'humanité.

[Fraction de seconde] [Voiker]

jeudi, juin 29, 2006

PEAU-AIME-(17)

Tous ces restes qui me restent de tes restes qu'il me reste.

Tes deux mains sur mes épaules, photo lointaine à Saint-Tropez.
Ton regard fixant le pavé, qui s'éternise d'éterniser.
Les roulettes usées d'un jouet, éléphant la trompe relevée:
"les moins faciles à dénicher" comme tu disais...

Tous ces restes qui me restent de tes restes qu'il me reste,
continueront de me nourrir - par infusion ou perfusions.
Quand un chien errant, affamé, ne s'en ferait plus d'illusion.
Passerait-il par là.


[A mon frère] [Voiker]

PEAU-AIME-(16)

Pas de nouvelles, fausses pistes.
Alors je hais ces bonnes nouvelles
venues haranguer ma cervelle
de leur absence alarmiste.

Et d'en crever à petit feu.
Simulent le beau temps quand il pleut,
dans un pays de sentiments,
dévasté. Dévastés.


[L'attente] [Voiker]

mardi, juin 27, 2006

PEAU-AIME-(15)

Vertige limitrophe d'un doigt qui se coupe sur le verre brisé du carreau de la fenêtre.
Fenêtre qui se brise, apostrophe au dessus des lignes téléphoniques, tu me montres du doigt.
Lignes brisées. Des communications.
Vertige limité. Aux réponses anonymes.
Tout à coup il fait chaud.

Je m'en balance.
Par la fenêtre.
Je neigerai un jour.
Pour l'instant, je pleure.


[Cristaux Liquides] [Voiker]

dimanche, juin 25, 2006

PEAU-AIME-(14)

Je crois bien que je me suis rencontré, enfin.
Et que nous avançons tous deux vers la fusion.
Certains gémissent de l’avenir, incertain,
cet autre moi n’attends plus que ma décision.
Et inversement.
Disproportionnel.
Aux émotions.

J'aimerais pouvoir quelque fois me rassurer,
me complaire aveugle d'une telle binarité,
me dire que je ne suis pas cet homme en chantier,
qui trouve inutiles les plans qu'on lui a donnés.

Le doute, l'incertitude,
et toutes les molécules associées.


[Chimie de la Liberté] [Voiker]

mardi, juin 20, 2006

PEAU-AIME-(13)

Comme une bouche mutilée,
les lèvres closes par les gerçures,
comme une statue fatiguée
des changements de température,
comme une toile balafrée,
qui sent grandir ses craquelures,
comme une oeuvre d'art décriée,
par les critiques, leurs vomissures,
comme une digue défoncée,
assauts de la littérature,
comme une porte refermée,
la clef rouillée dans la serrure.

Les regrets du futur m'empêchent d'avancer.


[Immobilité] [Voiker]

lundi, juin 19, 2006

PEAU-AIME-(12)

Ce matin là j'aurai du l'appeler,
ne pas me demander ce que j'avais,
lui dire d'un trait toute la vérité,
lui dire que jamais je n'ai tant aimé.
Quelqu'un.

Lui dire, même si cela ne sert à rien,
si j'ai vieilli seul assis dans un coin
de sa mémoire, les deux mains sur la tête,
dans une classe silencieuse et déserte.
Pour rien.

Apoplexie des souvenirs qui s'émulent incandescents dans l'indifférence du tapis roulant.
Eclats de vie, non-événements, tirages ratés dans la pénombre d'un schizophrène impotent.
Changer le cours du temps. Et.
Partir, à balle réelle,
partir, à bout portant,
ne pas revenir, ne pas en revenir.

[Mémoire de l'inexistant] [Voiker]

vendredi, juin 16, 2006

PEAU-AIME-(11)

J’aimerais me retrouver -un jour- dans tes bras,
et que tu m’expliques -un jour- ce que je fais là.
Au stade terminal de la folie douce,
un champ vallonné où la lavande pousse.

Les cigales qui chantent plus fort que moi,
au loin le ciel bleu, une maison, des cyprès.
Et même si, souriante, tu te moques de moi,
si je me moque du cancer qui m’emporterait.

Je veux t’emmener alors dans les interstices
du temps qui sépare celui qui me reste
de tout celui que je te dois.


[Tu comprendras] [Voiker]

jeudi, juin 15, 2006

PEAU-AIME-(10)

Je me souviens d'un chien, au bord de la route,
L'oeil et le poil humides, baignant dans son sang.
Un autre chien assis, témoin de la déroute,
Lui léchait ses blessures, d'un faux air absent.

Quand le temps s'arrête, au détour d'un virage,
Que tes fractures ouvertes, le silence aidant,
Me tendent ta douleur comme unique héritage,
Tout mon aplomb vacille dans un soupçon de vent.

Mes mots s'échappent enfin, aux abois, errants.


[Fracture canine] [Voiker]

mardi, juin 13, 2006

PEAU-AIME-(9)

Des tiges de métal oxydées par l'envie,
dont les lentes rotations meurtrissent -nécessaire-
l'édifice inaccompli d'années de certitudes.

Des flux d'hydrocarbures qui charrient mes varis,
et noient -engloutissent- ce tout petit enfer
qui étouffait déjà sous mille servitudes.

D'une fenêtre d'hôpital j'aperçois -patiemment-
des zèbres bleutés, libres de gravité,
butinant coquillages, souriant poliment,
étanchant leur soif avant de déserter.

Ces jours derniers,
j'étais tellement proche de moi que je me marchais dessus.


[Séjour dernier] [Voiker]