Deux jours à Paris, la tour Eiffel est magnifique, sa robe miroite et son œil de cyclope balaye le ciel de la capitale dans la nuit. Saura-t-elle me dire, enfin, s’il est important que certaines choses aient de l'importance ?
jeudi, janvier 04, 2007
AVANT-D-OUBLIER
Deux jours à Paris, la tour Eiffel est magnifique, sa robe miroite et son œil de cyclope balaye le ciel de la capitale dans la nuit. Saura-t-elle me dire, enfin, s’il est important que certaines choses aient de l'importance ?
jeudi, décembre 21, 2006
NY-2007
Envoyez-moi vos nom et adresse,
et ce sera un plaisir pour moi.
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lundi, décembre 18, 2006
MEDITATION
Si l’époque vous importe autant que cela, je vous dirai qu’elle se situe dans le présent, à leur époque, car même si celle-ci coïncide avec la notre, il y a fort à parier qu’ils ne sauraient s’intéresser à ce qui semble vous importer autant ; et l’eussent-ils néanmoins fait, dans un élan d’allégeance rappelant pour eux seuls la posture des feuilles dans les arbres, c’est probablement imperturbables devant nos vêtements impossibles et nos pensées ancestrales qu’ils nous renverraient souriant notre image, comme ces flaques qui réverbèrent les rayons du soleil dans les yeux.
Si le moment opportun vous importe quelque peu, je vous conseillerai sans hésiter de vous y rendre la nuit, et de vous asseoir là où vous vous sentirez le mieux ; les bonzes auront les yeux ouverts vers les étoiles, tentant de les y imprimer pour les y faire briller encore dans la lumière du jour qui vient ; les araignées tisseront leur toile, patientes d’y piéger une étoile filante avant la première heure du matin ; les flaques, elles, guideront la dérive des étoiles jusqu’au lendemain, attendant peut-être qu’avec la pluie l’une d’elle s’y projette et s’y noie.
Dans le silence des collines, certains animaux, que d’autres s’imaginent éteints depuis plusieurs siècles ou aveugles de naissance, savent encore comment faire pour observer, de derrière une toile d’araignée, le reflet des yeux d’un bonze dans une flaque de pleine nuit.
Si quelque chose vous importe encore, c’est peut-être que je vous donne les coordonnées polaires du lieu ; peut-être aurais-je du commencer par ça. Vous serez surpris, et n’en reviendrez peut-être pas. C’est mon cas, parfois, quand je me rends compte que je ne sais même plus d’où je vous écris. Comme quoi.
EXTRACTIONS-QUARANTE-SIX
----- Arto Paasilinna / Le fils du dieu de l'Orage
----- Editions Denoël, 1993 /\ Ukkosenjumalan Poika, 1984
READ DURING WEEK 39&40/06
lundi, décembre 11, 2006
ROUGE-FLAMENCO
Je n’ai jamais vu le vase rouge dont tu me parlais ce matin, et pourtant, lui, me parle. Le vibrato dans ta voix, expression d’une détresse et d’un abandon infini que tu ressens mais n’oses avouer en m’en parlant. Je ne sais de quel rouge tu me parles, mais je le devine profond de la chaleur et de l’éclat qu’il a sûrement enfouis nostalgiquement au fond de lui quand tu l’as ramené d’Espagne ; un rouge ‘flamenco’, une couleur intense et passionnée, sombre et rayonnante à la fois, ultime. Un vase qui saurait se souvenir des doigts de l’artiste qui le créa, des longues heures qu’ils passèrent à caresser ses rondeurs en faisant varier leur pression, attendant l’instant sublime et éphémère qui marie le plaisir visuel de la forme qui émerge, avec la sensation de cette femme, connue de l’artiste seul, et dont ce dernier trouve subitement et d’instinct l’écho dans ses mains.
Dans une petite rue habillée de tourniquets de cartes postales, de petites filles la glace à la main, de volets à demi-clos s’endormant sur le bâillement des portes, raisonnante du bruit des sandales qui tentent de tirer de son sommeil un nuage imperceptible égaré dans le ciel du bleu, j’imagine le vase sur l’étagère d’un petit magasin, qui s’alourdit un peu plus chaque jour du regard de ceux qui le découvrent, le désirent, le placent et le déplacent, le prennent quelques instants et l’exilent un peu chez eux dans l’anonymat de leur imagination. Ton sourire en le voyant, sa peau, tes doigts, l’envie puis l’adoption.
Cela fait six ou huit saisons que le vase est revenu d’Espagne dans tes bagages. Tu déposes depuis sur lui tes yeux et tes empreintes, il est le témoin involontaire et discret de tes jours. Ton confident peut-être, un ami neutre qui te rappelle, sans se faire ni précieux ni solennel, certains jours heureux. Peut-être te connait-il mieux que moi. Mieux que n’importe qui, peut-être. Mieux que celui avec qui tu l’avais déniché, et qui ne souhaite pas non plus s’en séparer, maintenant que tu pars ; qui ne veut pas se rendre compte combien, par sa présence, ce vase sera un fardeau.
Car ce vase ne voyagera plus jamais, tant la lourdeur que lui seul peut lire sur ton cœur ces jours derniers l’empêchera désormais de danser.
mardi, décembre 05, 2006
L'ARMEE-DE-LA-NUIT
La chaleur de ton instinct s’est dissipée un peu, tu dors tranquillement, ta respiration rythme sournoisement le temps qui s’évapore et qui transporte bien loin avec lui toutes les contraintes d’aujourd’hui. Ce nid douillet, les oreillers moelleux et caressants, le duvet gorgé de plumes, et ton corps, beau. Je me lève, nu, et mes pieds s’enfoncent dans la glaise humide du champ de mes pensées. C’est une aurore lancinante, teintée de brume fantomatique qui tantôt survole, tantôt câline la terre, froide et austère, quelques bosquets se devinent lentement, sans pour autant laisser préjuger de la suite. J’imaginerais volontiers le bruit d’un ancien pistolet, l’odeur de la poudre, la chute étouffée d’un corps qui s’affaisse sur le sol mouillé. Il règne en moi l’angoisse dramatique qui prend l’observateur à la gorge quand un destin se scelle sous ses yeux.
S’alignant à perte de vue devant moi, les errances capricieuses de la brume les rendant semblables à des charbons brûlants dont la pluie exhalerait les derniers souffles, têtes de corbeaux surmontant des corps d’hommes, tout vêtu de noir et régulièrement espacés, l’Armée de la Nuit me fait face, immobile. A bien y regarder, certaines lignes sont édentées, des vêtements traînent sur le sol, des claquements d’ailes et des croassements crèvent le silence et la brume, comme les cris des nouveau-nés. Je ramasse une chemise, un pantalon, les enfile. J’en prends également un jeu pour toi. Je suis transi par le froid et brulé par l’envie de me mettre à courir, de faire souffrir mes muscles, dans la douleur et dans la sensation d’une joie que j’ai du mal à comprendre, une euphorie que mon enveloppe corporelle a bien du mal à contenir. Je me sens pousser des ailes. En quelque sorte. Nul doute que c’est effectivement ce qui est en train de se passer.
La brume dissipée,
le champ libre,
à la première éclaircie,
j’essayai de voler.
J’échouai.
lundi, décembre 04, 2006
EXTRACTIONS-QUARANTE-CINQ
Sylvie Germain
Le livres des nuits - Editions Gallimard, 1985
READ DURING WEEK 46/06
mardi, novembre 28, 2006
AU-BORD-DE-LA-MARE

J'ai repéré le phénomène pour la première fois au bord de la mare qui somnole, bordée de lupins, au fond de la prairie de l'un de mes voisins. Un banc sur lequel j'imitais la mare; un livre posé sur mes genoux, la vue qui baisse lentement, une chaleur léthargique qui me prenait en douceur, les sillons de quelques carpes frôlant la surface de l'eau. Je n'irai pas jusqu'à dire que je fus le premier à être témoin des premiers symptômes de l'Exil; nul ne sait vraiment quand tout cela a commencé, ni même si, à l'heure qu'il est, tout est terminé.
Les premiers sifflements n'éveillèrent en moi aucune réaction, n’ayant pas pris d’abord pleinement conscience de ce qui se passait; il faut parfois plus de temps qu'il n'en faut pour se rendre à l'évidence. C'est l'intensité des sifflements, leur multiplication qui me ramenèrent là où j'avais toujours été, au bord de la mare: un par un, puis par paquets, les roseaux s'arrachaient à la tourbe et décollaient comme des flèches tirées du fond de l'eau, dans des trajectoires fièrement rectilignes, montant vers le ciel comme les fusées d'un feu d'artifice, pour disparaître hors de ma vue, laissant retomber derrière eux une pluie fine de gouttes maronnées, désordonnée et aléatoire, qui me tacha le nez, la chemise, la couverture du livre. Les roseaux s'étaient fait la belle, avaient mis les voiles, cap vers les étoiles, dans l'indifférence affichée des carpes qui semblaient fixer leur regard sur un seul et même centre d'intérêt désormais: mes sourcils. Froncés.
Dans les heures qui suivirent, le craquement déchirant des racines m'annonça le départ des arbres du jardin, et je regardais par la fenêtre leur mise sur orbite, plus pour le charme magistral et la puissance insensée qui se dégageait de leur décollage, que pour tenter de trouver la moindre esquisse de réponse à un phénomène auquel j'avais déjà imaginé différents noms; exode végétal, déverticalisme des espaces verts, épilation volontaire de la terre nationale.
Il ne fut bientôt plus question de repérer quoi que ce soit, tant le paysage nouveau s'imposait de lui même: le monde perdait en dimension, en perspective, en hauteur, et sur les visages de tout un chacun, le même regard interrogateur, et le même embarras à pouvoir ne serait-ce que formuler clairement l'interrogation qui justifierait les trais lisibles sur les visages.
Les décollages continuèrent bon train, les poteaux de support des caténaires s'envolaient, emmenant les câblages électriques, entiers ou sectionnés, vers le ciel, tissant d’immenses toiles d’araignées où venaient se perdre les longs courriers qui passaient par là; les rues et les trottoirs se voyaient dégrafés de leurs poteaux électriques et téléphoniques, de béton, de bois, ou métalliques, baguettes chinoises semblant traîner derrière elles des poignées de cheveux libérés. Même les colonnes Morris nous quittèrent, avec les éclairages publics, ceux des stades, et les réverbères.
Comme toujours c’est quand l’automne est arrivé, que ce fut vraiment simple et beau à regarder ; les milliers de feuilles de ces milliards d’arbres se détachèrent là-haut, et miroitant dans les rayons solaires, tournant sur elles mêmes et semblant voguer là où bon leur semblait, redescendirent sur terre, lentes et vagabondes, libérant l’imagination et faisant de chacun le peintre d’un sentiment que les média appelèrent la danse de l’immortalité. Ce fut la première fois -pour moi- qu’ils évoquaient l’événement avec un peu de réalisme.
Je reconstruis en moi souvent cette histoire avant de prendre l’avion. C’est je crois la seule histoire qui me permette de trouver un sens aux déracinements successifs qui m’ont finalement amenés au bord de la mare.
lundi, novembre 27, 2006
EXTRACTIONS-QUARANTE-QUATRE
Julien Gracq
Le rivage des Syrtes - 26ème tirage, Librairie José Corti, 1992
READ DURING WEEK 43&44&45/06
vendredi, novembre 24, 2006
STIGMATA-OF-MISTER-J-BIS
Je persiste, j'illustre, je signe
Voiker
CARTE-2-VOEUX-2007

De retour de Seoul, ce vendredi 24 novembre.
Reprendre le cours des choses, du temps, des gens.
Se remettre au travail,
finaliser les travaux photosphop sur ma carte de voeux 2007.
En exclusivité, le personnage central (ci-contre).
La thématique choisie cette année est celle de l'élévation.
Je n'en dirai pas plus pour le moment.
J'attends celui qui sera venu...
mercredi, novembre 08, 2006
mardi, novembre 07, 2006
EXTRACTIONS-QUARANTE-TROIS
Jorge Luis Borges
Edition originale, El Libro de Arena, 1975
Le Livre de sable - Editions Gallimard, Folio, 1992
READ DURING WEEK 41&42/06
mardi, octobre 31, 2006
POESIES-NOCTURNES
Ces perles de sueur qui s'échappent de moi, qui glissent sur ma peau, qui franchissent les espaces pour continuer leur voyage sur toi. Ces perles de mots qui voyagent dans les livres, sur les pages tant tournées, dans ta mémoire qui les retient par cœur, comme ton cœur qui les retient et me les livre entre deux baisers. Encore un peu sages. Ces perles de temps passées avec toi, à nous surprendre, à nous apprendre, du fond du cœur, à nous effrayer d'être si exactement soi.
Dans l'infinie solitude de la vie, que je regarde de face, tu es cet arbre rare, au milieu de la plaine, qui accroche à ses branches mon regard, mes espoirs, même si le vent tombe, même quand la nuit est noire.
Tu pousses en moi, tes racines tressent les miennes.
Je voudrais tout planter, t'emmener vivre à Sienne.
Qu'à ma vie, infiniment, tu tiennes.
Quoi qu'il advienne.
lundi, octobre 23, 2006
LA-CASSETTE
Celle qu'elle fut il y a longtemps l'avait gardée, ensevelie sous des courriers, des cartes postales, des petits souvenirs de pas grand-chose, des vieux stylos, des plumes de corbeaux, dans une malle, son jardin secret, celui dont elle ouvrait naguère la grille avec une clé forgée dans l'innocence de ses dix-huit ans. A quelques mois près. Qu'elle a toujours gardée. La clef a peut-être rouillé; pas son innocence. Le temps a peut-être lui aussi rouillé; ses souvenirs sont parfois en partie rongés ; mais pas par les remords; oxydés simplement par l'inactivité, l'amoncellement des journées inutiles, des mois d'exil, des années bissextiles. Encore plus longues qu'avant.
Ce week-end, elle a pris discrètement le vieux magnétophone qu'elle avait donné aux enfants et a réinséré la cassette. Sur les deux faces, des leçons d'anglais. D'un côté. De l'autre... Cette cassette, gardée précieusement parmi les bribes de son passé, n'a jamais été celle sur laquelle je lui avais laissé ma voix, mais elle la conservait, persuadée que c'était celle-là. Peut-être fut-elle bien celle-là, jusqu'au jour de la maladresse. L’effet de surprise passé, la déception fit ressurgir en elle les brumeux contours hypothétiques d'un sentiment lointain qui tentait de s’effacer: le contenu de la cassette, le son de ma voix, comme une lettre que je lui écrivais, que je lui lisais. Elle se revoit assise dans sa chambre, tant d’années auparavant, dans cette maison où elle n’habite plus, devant le petit magnétophone. A écouter. A l'écouter. A la réécouter. Ses oreilles qui entendaient pour la première fois une voix qui lui disait qu'elle l'aime. Une voix qui voulait qu'elle lui réponde de la même manière; j'entends, sur un support identique. Elle n'a jamais pu. Elle n'a jamais voulu. J’entends, elle n’osait pas.
Assis en face d'elle dans un coin, au coin de la rue, au café du coin de la rue, j'ai les yeux qui se noient au fond de sa tasse de thé. Etait-ce un morceau de moi qu’elle voulait garder, par amitié, pour fleurir son jardin secret ? Où l'avait-elle gardée parce qu’elle pressentait qu'on allait se perdre. Se perdre de vue. Peut-être définitivement. Je n’ose lui demander. Etait-t-elle sentimentale, accordait-elle une place particulière à chaque objet ? Cette cassette qui traversait le passé. Sous une fausse identité… Une partie d’elle même l'a-t-elle trahie, en somme ? Comme un meuble drapé dans une maison abandonnée, que l'on revisite plusieurs décennies après, et si la forme est toujours là, le meuble a disparu sous le drap. Il y a bien quelque chose qui ressemble à un meuble ; mais ce n’était pas celui là... Sa main tremblait-elle quand elle a introduit la cassette ? S’est-elle sentie emportée par l'ouragan du doute en découvrant que le meuble n'était plus là ; peut-être plus loin, peut-être l'autre face. Le drap soulevé, le meuble qui se dématérialise et disparaît. Et de se raccrocher au drap, pour ne pas qu'il s'envole ; de le regarder, de lui parler, de tenter dans un effort de se souvenir intensément du contenu de cette cassette, qui n'est plus celle qu’elle croyait être.
Et puis le retour à la réalité, une cassette d'anglais dans la main. Et ranger le magnétophone, et repartir dans le présent, et laisser ce passé qui doublement n'est plus. Le passé n'est plus, et la cassette n'était pas. Dans la beauté et la pureté de ta confession si douloureuse, dans ce sentiment que tu as peut-être d’avoir égaré une partie de moi, j'ai envie de te consoler. Je ne sais pas si je te comprends, si tu me comprends. Mais si mes lignes te font penser à toi, laisse-moi alors te consoler.
Certaines choses n'ont aucune valeur. Au départ.
dimanche, octobre 15, 2006
vendredi, octobre 13, 2006
STIGMATA-OF-MISTER-J
Les phénomènes émergents / la porcelaine et le volcan / l’esthétique du chaos / les romantiques allemands / la physique quantique / construction et futur / dans l’océan, les barbares / même l’horizon a disparu / pourtant aucun retour en arrière n’est possible / nous marchons dans le néant / à quel feu à quel flamme à quel phare fixer notre regard
- La révolution est un jeu d'enfant -
Sur la mer de la parole nous devons prendre nos compas et partir à la recherche de l’île de la vérité / l’œuvre d’une vie / la révélation, les révolutions / les mathématiques / amour, guerre et fin des temps / le désordre est un départ, est une histoire ; est une oeuvre d’art
mercredi, octobre 11, 2006
PARADIS
Sais-tu que je visite parfois l’arrêt cardiaque de mon esprit, tentant de ressentir la non-existence, que j’essaye peut-être de m’en rappeler ? Comme s’il était possible de la vivre. Comme s’il était possible de m’en rappeler.
Sais-tu que je pose souvent mes yeux sur Cassiopée, qu’elle me sert peut-être de table de chevet, quand je laisse enfin reposer mes états d’âme pour aller rejoindre Morphée, à défaut de tes bras ; que je lis puis relie les points lumineux de lignes imaginées, de tracés en pointillés; que je me demande s’il est possible de me voir ici, de là-bas, si j'étais là-bas ?
Sais-tu que sous la pluie, la tête relevée et les bras le long du corps, comme une fusée oubliée, je laisse les gouttes frapper mon dos et me traverser pour ressortir de l’autre côté, que je ne suis plus mon obstacle à l’expression des rêves et des réalités, que j’aime à caresser ainsi de l'intérieur l'élément primaire de la vie ?
Sais-tu que j’entends le bruit de l’eau qui s’écoule, une rivière, un torrent, et les cris de quelque animal indulgent, le seul qui restera vivant dans plus vraiment très longtemps ?
Sais-tu que, les mains dans mes pensées, Je mélancolise comme un peintre les moments anciens de ma vie, ces lieux où je suis passé, murs, routes, forêts, qui ne peuvent se souvenir de moi et dont je suis le seul à pouvoir me prouver en avoir connu l'existence à cet instant là ? Nul autre que moi. Ne s’en rappellera. Du touché des troncs d’arbres dans les églises, des colonnes dans les forêts.
Sais-tu que je pense souvent aux huit minutes qui se décompteront entre le moment où le soleil s’éteindra et celui où la nuit se lèvera, définitive ? Que je pense à l’intensité de nos paroles quand ce sablier ultime s’écoulera.
Sais-tu que j’ai le mot 'métamorphose' qui s’est hissé de mon inconscient comme une bulle d’air remonte à la surface de l’eau, et que depuis j'en compte les lettres, en me disant que chacune d'elle est une semaine qui va passer ? Que la lettre qui finit ce mot marquera le début d'un autre. Moi.
Sais-tu que je m'imagine demain couché près de toi, entre les draps du temps, que je les remonte du bas du lit jusqu'à tes épaules, pour que tu ne prennes ni rides, ni froid ?
Sais-tu que je nous imagine disparaître un matin dans la brume d’une autoroute, la finesse des mots nous ayant déposés sur une ère de repos, là où la lenteur du temps est illimitée ?
Vois-tu, j’en garde quelques autres à t’avouer de vive voix, lors d’une prochaine escale. A toi, à toi, Mon paradis maximal.
vendredi, octobre 06, 2006
LE-FORUM
L’abrupt présent. Un week-end près de Calais, une ville dont le nom évoque un verbe conjugué à l’imparfait ; un plein d’essence dans une station service, l’odeur nauséabonde qui y règne, qui cherche peut-être à suggérer l’essence même de ce qui nous fait avancer ; une station plantée là sur la chaussée de droite, irréelle dans ses formes et dans ses couleurs, entre la ville, l'autoroute, la mer, en bordure du Temple. J’y abreuve ma voiture, qui boit sans avoir soif ; je hais les endroits qui n’existent que pour leur fonctionnalité. J’entre dans le magasin pour payer le plein et la rançon, regarde les rayons, me demande pourquoi ils souhaitent absolument faire manger ma voiture aussi. Une femme obèse entre sans saluer celui qui, devant moi, ne sert plus de pompiste; elle file droit au rayon des alcools et prend une bouteille de rosée à la main ; elle la regarde pour la rassurer, la serre contre elle comme on prend soin d’un enfant malade. Elle sait sûrement qu’elle ne vient déjà plus chez eux par hasard.
Elle est obèse ; elle n’est pas jolie ; elle porte un pull rose. Obèse. Pull rose. Bouteille de Rosé. Obèse. Pull rose. Bouteille de Rosé. Obèse. Pull rose. Bouteille de Rosé. Obscène. Pull bouteille de rosé. Overdose. J'ai tellement peur de deviner le sens de la vie qui sévit ici. Tellement peur que cette bouteille soit son carburant à elle. Tellement peur.
Je suis au centre du nouveau centre, la tête ivre du panorama, vêtu d’une toge, si vous voulez bien m’imaginer comme ça. Je passe ma matinée au forum, si vous voulez bien me laisser l’appeler comme ça. Je n’y vois plus de place publique, juste des parkings sans fin qui ne s’embarrassent même plus de cacher leur finalité ; je cherche des yeux -sans le trouver- un lieu pour échanger ou marchander, traiter d’affaires politiques, être aujourd’hui, rêver demain. Je cherche en vain à admirer les complexes architecturaux, mais tout s’affiche au travers de la pauvreté des bardages métalliques, des panneaux criards, des mélodies hypnotiques, des portes automatiques, des cartes plastifiées ; des vies falsifiées. Léthargie de l’esprit créatif, fin des espoirs sur la fresque du savoir, les frises de la beauté ; plus de galerie d’art, ni de bibliothèque. Et toutes ces statues, plus humaines que jamais. J’en perds mon latin. Le forum tout entier n’est qu’un seul et unique Temple. De la consommation. Toute son architecture signifie d’une manière atrocement réaliste les raisons mêmes de sa construction.
Je remonte en voiture. Cette femme ère en moi, il faut que je la libère, ici ou là, ici en l'occurrence. Dans son pull rosa rosa rosam, rosae rosae rosa.
mercredi, octobre 04, 2006
PEAU-AIME-(27)
Un puzzle,
Immense,
Plein de couleurs.
Deux pièces,
Au milieu,
Exactement.
[Un Puzzle] [D.]










