----- André Gortz / Lettre à D.
----- Galilée, Collection Incises, 2006
mardi, mars 13, 2007
EXTRACTIONS-QUARANTE-HUIT
vendredi, mars 09, 2007
BRITISH-MUSEUM
A dire vrai, j’ai moins d’assurance à vous certifier l’exactitude du nom de la rue ; il en va de même pour l’instant précis auquel cela m’est réellement arrivé. Quant à me rappeler si cette vision m’a traversé l’esprit avant d’entrer au British Museum, ou après… J’ignore également si ce détail a son importance. Je vous laisse me manipuler et tisser les liens que vous voudrez.
Et puis tout cela n’a aucune importance ; je laisse infuser mes chaussures sur les rives du trottoir, pendant que les loups rient en silence ; ils se moquent bien de considérer comme moi que les musées ne se lassent, imbus d’eux-mêmes, de laisser admirer le contenu de leurs entrailles, même aux yeux mêmes de ceux qu’ils dépouillèrent un jour au son du canon, rassemblant impunément les butins et vestiges des vols, saccages et pillages des escrocs militaires d’antan ou financiers d’aujourd’hui. Egypte, Grèce antique, Italie romaine, Inde, Cambodge, Vietnam, Thaïlande, Afrique, Amériques. Vos propres entrailles, votre propre mémoire.
Je vais faire pareil ce soir, fracasser les portes de mes voisins de palier, me servir au hasard de mes étonnements, et puis j’ouvrirai une galerie dans la vieille ville pour y présenter les pièces les plus parlantes de mon expédition nocturne ; des gens du monde entier viendront admirer les traces de ces gens, je disposerai une urne pour les dons, car il faut que je m’équipe d’un nouveau pied de biche ; j’aurai également enrôlé de force la petite du 513 pour faire le ménage dans la galerie. De nuit, bien évidemment, avec des chaînes au pied.
Assis sur un banc de Hyde Parc, un vieil homme s’appuie des deux mains sur sa canne, centrée entre ses jambes serrées. Je ne me souviendrai jamais que de son profil, en contre-jour, et du code barre usé, resté collé sur le manche de la canne depuis toujours. Mon British Museum à moi.
lundi, janvier 29, 2007
REPONSE
Perles de marées, qui de leur violence maculée d’innocence éclaboussent pitons, falaises et baies, qui ignorent tout du plaisir que l'on peut tirer à les regarder, qui ignorent tout de ce rapt sybaritique flagrant d’inexactitude qui s’avoue sur tous les clichés ramenés de ce rendez-vous manqué, qui ignorent ce qu'est même un regard, qui ignorent même jusqu'à leur propre existence, essence et spontanéité, qui ignorent se donner, qui donnent tout et ignorent de demander.
Nuits étoilées dans l'infini silence qui se dénude, chaleur de l'été qui reviendra bientôt, qui assèche les larmes, qui fait soupirer l'asphalte des routes, vision binaire des choses, des gens, construction tertiaire du temps qui passe, cycle quaternaire des saisons, battement solitaire de mon cœur, dans le vent de la plage, la nuit, l'été.
Appréhension totale ou partielle, de ces milliers de nuances qui enrichissent le gris, de toutes ces feuilles qui frémissent sur un arbre, que certains amalgament, qui sont toutes un cas particulier ; un arbre confia un jour être autant de fois qu'il est de feuilles.
Sur un coin de table, attendant la poussière, posées, des questions sans réponse que personne ne se pose, belles et inconnues, d’autres que personne ne devrait poser, rutilantes et inutiles, d’autres encore que seules les personnes se posent, éternelles et infructueuses.
Ne plus répondre de rien, hormis de l’authenticité irrémédiable et inaltérée du toucher de mes deux mains endormies sur le bois de la table.
jeudi, janvier 25, 2007
EXTRACTIONS-QUARANTE-SEPT
----- J.G. Ballard / L'île de béton
----- 10/18 Domaine Etranger, 1991 /\ Concrete Island, 1973
lundi, janvier 22, 2007
THE-WORLD-AS-IT-IS
Ce n'est peut-être que dans ma tête.
Il faudrait que je regarde. De plus près.
Ou de plus loin, alors.
mercredi, janvier 10, 2007
FAUTEUIL
Je m’essaye comme vous essaieriez un fauteuil encore neuf et fraîchement déballé, à ceci près que l’exercice auquel je me livre consiste à l’imaginer vétuste, défraîchi, décati et usé, branlant dans un coin mal éclairé du hangar d’un brocanteur. Que me restera-t-il des sensations de cette vie qui va s’estomper, comment revivrai-je parfois en pensées le souvenir du confort de l’assise que j’avais aujourd’hui, comment reverrais-je la place du fauteuil dans la salle à manger, le soulagement, l’apaisement et la tranquillité qu’il apportait également aux autres que moi. Car tout le drame d’une vie est là, peut-être, dans l’asservissement unilatéral du fauteuil que je suis, fus et serais toujours, incapable de tirer le moindre confort de son propre confort, incapable de ne tirer comme autre réconfort que le confort de celles et ceux qui s’assoupissent entre ses bras. Existe-t-il, ce quelqu’un qui aura la présence d’esprit de me soustraire au monde, ne fut-ce qu’un court instant, pour une réfection de circonstance, une restauration, en substance ?
Tendue, ma peau, comme le velours clouté sur le squelette en bois d’un Voltaire.
jeudi, janvier 04, 2007
AVANT-D-OUBLIER
Deux jours à Paris, la tour Eiffel est magnifique, sa robe miroite et son œil de cyclope balaye le ciel de la capitale dans la nuit. Saura-t-elle me dire, enfin, s’il est important que certaines choses aient de l'importance ?
jeudi, décembre 21, 2006
NY-2007
Envoyez-moi vos nom et adresse,
et ce sera un plaisir pour moi.
Cliquez ICI pour la recevoir
lundi, décembre 18, 2006
MEDITATION
Si l’époque vous importe autant que cela, je vous dirai qu’elle se situe dans le présent, à leur époque, car même si celle-ci coïncide avec la notre, il y a fort à parier qu’ils ne sauraient s’intéresser à ce qui semble vous importer autant ; et l’eussent-ils néanmoins fait, dans un élan d’allégeance rappelant pour eux seuls la posture des feuilles dans les arbres, c’est probablement imperturbables devant nos vêtements impossibles et nos pensées ancestrales qu’ils nous renverraient souriant notre image, comme ces flaques qui réverbèrent les rayons du soleil dans les yeux.
Si le moment opportun vous importe quelque peu, je vous conseillerai sans hésiter de vous y rendre la nuit, et de vous asseoir là où vous vous sentirez le mieux ; les bonzes auront les yeux ouverts vers les étoiles, tentant de les y imprimer pour les y faire briller encore dans la lumière du jour qui vient ; les araignées tisseront leur toile, patientes d’y piéger une étoile filante avant la première heure du matin ; les flaques, elles, guideront la dérive des étoiles jusqu’au lendemain, attendant peut-être qu’avec la pluie l’une d’elle s’y projette et s’y noie.
Dans le silence des collines, certains animaux, que d’autres s’imaginent éteints depuis plusieurs siècles ou aveugles de naissance, savent encore comment faire pour observer, de derrière une toile d’araignée, le reflet des yeux d’un bonze dans une flaque de pleine nuit.
Si quelque chose vous importe encore, c’est peut-être que je vous donne les coordonnées polaires du lieu ; peut-être aurais-je du commencer par ça. Vous serez surpris, et n’en reviendrez peut-être pas. C’est mon cas, parfois, quand je me rends compte que je ne sais même plus d’où je vous écris. Comme quoi.
EXTRACTIONS-QUARANTE-SIX
----- Arto Paasilinna / Le fils du dieu de l'Orage
----- Editions Denoël, 1993 /\ Ukkosenjumalan Poika, 1984
READ DURING WEEK 39&40/06
lundi, décembre 11, 2006
ROUGE-FLAMENCO
Je n’ai jamais vu le vase rouge dont tu me parlais ce matin, et pourtant, lui, me parle. Le vibrato dans ta voix, expression d’une détresse et d’un abandon infini que tu ressens mais n’oses avouer en m’en parlant. Je ne sais de quel rouge tu me parles, mais je le devine profond de la chaleur et de l’éclat qu’il a sûrement enfouis nostalgiquement au fond de lui quand tu l’as ramené d’Espagne ; un rouge ‘flamenco’, une couleur intense et passionnée, sombre et rayonnante à la fois, ultime. Un vase qui saurait se souvenir des doigts de l’artiste qui le créa, des longues heures qu’ils passèrent à caresser ses rondeurs en faisant varier leur pression, attendant l’instant sublime et éphémère qui marie le plaisir visuel de la forme qui émerge, avec la sensation de cette femme, connue de l’artiste seul, et dont ce dernier trouve subitement et d’instinct l’écho dans ses mains.
Dans une petite rue habillée de tourniquets de cartes postales, de petites filles la glace à la main, de volets à demi-clos s’endormant sur le bâillement des portes, raisonnante du bruit des sandales qui tentent de tirer de son sommeil un nuage imperceptible égaré dans le ciel du bleu, j’imagine le vase sur l’étagère d’un petit magasin, qui s’alourdit un peu plus chaque jour du regard de ceux qui le découvrent, le désirent, le placent et le déplacent, le prennent quelques instants et l’exilent un peu chez eux dans l’anonymat de leur imagination. Ton sourire en le voyant, sa peau, tes doigts, l’envie puis l’adoption.
Cela fait six ou huit saisons que le vase est revenu d’Espagne dans tes bagages. Tu déposes depuis sur lui tes yeux et tes empreintes, il est le témoin involontaire et discret de tes jours. Ton confident peut-être, un ami neutre qui te rappelle, sans se faire ni précieux ni solennel, certains jours heureux. Peut-être te connait-il mieux que moi. Mieux que n’importe qui, peut-être. Mieux que celui avec qui tu l’avais déniché, et qui ne souhaite pas non plus s’en séparer, maintenant que tu pars ; qui ne veut pas se rendre compte combien, par sa présence, ce vase sera un fardeau.
Car ce vase ne voyagera plus jamais, tant la lourdeur que lui seul peut lire sur ton cœur ces jours derniers l’empêchera désormais de danser.
mardi, décembre 05, 2006
L'ARMEE-DE-LA-NUIT
La chaleur de ton instinct s’est dissipée un peu, tu dors tranquillement, ta respiration rythme sournoisement le temps qui s’évapore et qui transporte bien loin avec lui toutes les contraintes d’aujourd’hui. Ce nid douillet, les oreillers moelleux et caressants, le duvet gorgé de plumes, et ton corps, beau. Je me lève, nu, et mes pieds s’enfoncent dans la glaise humide du champ de mes pensées. C’est une aurore lancinante, teintée de brume fantomatique qui tantôt survole, tantôt câline la terre, froide et austère, quelques bosquets se devinent lentement, sans pour autant laisser préjuger de la suite. J’imaginerais volontiers le bruit d’un ancien pistolet, l’odeur de la poudre, la chute étouffée d’un corps qui s’affaisse sur le sol mouillé. Il règne en moi l’angoisse dramatique qui prend l’observateur à la gorge quand un destin se scelle sous ses yeux.
S’alignant à perte de vue devant moi, les errances capricieuses de la brume les rendant semblables à des charbons brûlants dont la pluie exhalerait les derniers souffles, têtes de corbeaux surmontant des corps d’hommes, tout vêtu de noir et régulièrement espacés, l’Armée de la Nuit me fait face, immobile. A bien y regarder, certaines lignes sont édentées, des vêtements traînent sur le sol, des claquements d’ailes et des croassements crèvent le silence et la brume, comme les cris des nouveau-nés. Je ramasse une chemise, un pantalon, les enfile. J’en prends également un jeu pour toi. Je suis transi par le froid et brulé par l’envie de me mettre à courir, de faire souffrir mes muscles, dans la douleur et dans la sensation d’une joie que j’ai du mal à comprendre, une euphorie que mon enveloppe corporelle a bien du mal à contenir. Je me sens pousser des ailes. En quelque sorte. Nul doute que c’est effectivement ce qui est en train de se passer.
La brume dissipée,
le champ libre,
à la première éclaircie,
j’essayai de voler.
J’échouai.
lundi, décembre 04, 2006
EXTRACTIONS-QUARANTE-CINQ
Sylvie Germain
Le livres des nuits - Editions Gallimard, 1985
READ DURING WEEK 46/06
mardi, novembre 28, 2006
AU-BORD-DE-LA-MARE

J'ai repéré le phénomène pour la première fois au bord de la mare qui somnole, bordée de lupins, au fond de la prairie de l'un de mes voisins. Un banc sur lequel j'imitais la mare; un livre posé sur mes genoux, la vue qui baisse lentement, une chaleur léthargique qui me prenait en douceur, les sillons de quelques carpes frôlant la surface de l'eau. Je n'irai pas jusqu'à dire que je fus le premier à être témoin des premiers symptômes de l'Exil; nul ne sait vraiment quand tout cela a commencé, ni même si, à l'heure qu'il est, tout est terminé.
Les premiers sifflements n'éveillèrent en moi aucune réaction, n’ayant pas pris d’abord pleinement conscience de ce qui se passait; il faut parfois plus de temps qu'il n'en faut pour se rendre à l'évidence. C'est l'intensité des sifflements, leur multiplication qui me ramenèrent là où j'avais toujours été, au bord de la mare: un par un, puis par paquets, les roseaux s'arrachaient à la tourbe et décollaient comme des flèches tirées du fond de l'eau, dans des trajectoires fièrement rectilignes, montant vers le ciel comme les fusées d'un feu d'artifice, pour disparaître hors de ma vue, laissant retomber derrière eux une pluie fine de gouttes maronnées, désordonnée et aléatoire, qui me tacha le nez, la chemise, la couverture du livre. Les roseaux s'étaient fait la belle, avaient mis les voiles, cap vers les étoiles, dans l'indifférence affichée des carpes qui semblaient fixer leur regard sur un seul et même centre d'intérêt désormais: mes sourcils. Froncés.
Dans les heures qui suivirent, le craquement déchirant des racines m'annonça le départ des arbres du jardin, et je regardais par la fenêtre leur mise sur orbite, plus pour le charme magistral et la puissance insensée qui se dégageait de leur décollage, que pour tenter de trouver la moindre esquisse de réponse à un phénomène auquel j'avais déjà imaginé différents noms; exode végétal, déverticalisme des espaces verts, épilation volontaire de la terre nationale.
Il ne fut bientôt plus question de repérer quoi que ce soit, tant le paysage nouveau s'imposait de lui même: le monde perdait en dimension, en perspective, en hauteur, et sur les visages de tout un chacun, le même regard interrogateur, et le même embarras à pouvoir ne serait-ce que formuler clairement l'interrogation qui justifierait les trais lisibles sur les visages.
Les décollages continuèrent bon train, les poteaux de support des caténaires s'envolaient, emmenant les câblages électriques, entiers ou sectionnés, vers le ciel, tissant d’immenses toiles d’araignées où venaient se perdre les longs courriers qui passaient par là; les rues et les trottoirs se voyaient dégrafés de leurs poteaux électriques et téléphoniques, de béton, de bois, ou métalliques, baguettes chinoises semblant traîner derrière elles des poignées de cheveux libérés. Même les colonnes Morris nous quittèrent, avec les éclairages publics, ceux des stades, et les réverbères.
Comme toujours c’est quand l’automne est arrivé, que ce fut vraiment simple et beau à regarder ; les milliers de feuilles de ces milliards d’arbres se détachèrent là-haut, et miroitant dans les rayons solaires, tournant sur elles mêmes et semblant voguer là où bon leur semblait, redescendirent sur terre, lentes et vagabondes, libérant l’imagination et faisant de chacun le peintre d’un sentiment que les média appelèrent la danse de l’immortalité. Ce fut la première fois -pour moi- qu’ils évoquaient l’événement avec un peu de réalisme.
Je reconstruis en moi souvent cette histoire avant de prendre l’avion. C’est je crois la seule histoire qui me permette de trouver un sens aux déracinements successifs qui m’ont finalement amenés au bord de la mare.
lundi, novembre 27, 2006
EXTRACTIONS-QUARANTE-QUATRE
Julien Gracq
Le rivage des Syrtes - 26ème tirage, Librairie José Corti, 1992
READ DURING WEEK 43&44&45/06
vendredi, novembre 24, 2006
STIGMATA-OF-MISTER-J-BIS
Je persiste, j'illustre, je signe
Voiker
CARTE-2-VOEUX-2007

De retour de Seoul, ce vendredi 24 novembre.
Reprendre le cours des choses, du temps, des gens.
Se remettre au travail,
finaliser les travaux photosphop sur ma carte de voeux 2007.
En exclusivité, le personnage central (ci-contre).
La thématique choisie cette année est celle de l'élévation.
Je n'en dirai pas plus pour le moment.
J'attends celui qui sera venu...
mercredi, novembre 08, 2006
mardi, novembre 07, 2006
EXTRACTIONS-QUARANTE-TROIS
Jorge Luis Borges
Edition originale, El Libro de Arena, 1975
Le Livre de sable - Editions Gallimard, Folio, 1992
READ DURING WEEK 41&42/06











