jeudi, mars 22, 2007

[FINGERTIPS3]

--------------- 'Du Chaos' (c) Cheval Blanc, Piano line by Voiker recorded March 23 - 2007
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--------------- Rajouté dans le mini player le 30 mars 2007

QUATRE-?


LA bonne nouvelle de la journée.
"Pour le reste, sa survie, c'est sombre, profondément sombre..."


[Recadrage] [8]

lundi, mars 19, 2007

EXTRACTIONS-CINQUANTE

----- Antoine Volodine / Nos animaux préférés
----- Seuil, Fiction & Cie, 2006

"Il y eut un temps où sur les surfaces de brique la peinture blanche servait à construire une histoire et à appeler à l’aide ou à la révolte, il y eut un temps où des hommes et des femmes niaient l’idée de la défaite, il y eut un temps où même les animaux savaient établir la différence entre l’envers et l’endroit du décor."

READ DURING WEEK 50/06
Les autres extractions du livre, ici.

vendredi, mars 16, 2007

GRANDS-MOULINS


Avec le respect que l’on doit à une bête de somme qui travailla dans l’abnégation à sa mission puis qui, finalement abandonnée sans somation, finit lentement par se fondre dans le paysage et, sans tituber, s’arrêta de bouger un matin aussi anodin qu’un autre, pour pourrir alors sur pied, laissant vers et morsures infatigables du temps qui passe la ronger jusqu’à l’os ; qui continue, au moment où je vous en parle, de se tenir debout, immobile, endormie dans le renoncement et l’inutilité, laissant admirer ses côtes, ses poutres et ses flancs appauvris comme ces squelettes effrayants qui pendent à côté du tableau dans les classes de sciences naturelles et les facultés de médecine.

Avec ce sentiment insolite et quasi-mystique qui accompagne la découverte de la carcasse d’un dinosaure, dans son intégralité, et dont la taille gigantesque, le volume imposant le rendent presque plus vivant encore que lorsqu’il était encore vivant ; l’observer en tournant lentement la tête, le soleil en contre-jour, et tenter d’en discerner les différentes parties, leurs fonctions oubliées, se rapprocher de la bête qui s’impose au panorama de toute son unité obsolète, fenêtres décharnées, carreaux absents ou brisés, comme des dents qui se déchaussent dans la clarté impudique d’un caveau à ciel ouvert.

Avec cette peur de croiser dans la rue un ancien, qui conserverait sur son visage des stigmates évoquant l’état de conservation du bâtiment, les yeux opaques, la peau desséchée et craquelée du crâne, le visage creusé, tellement creusé que vous y liriez sur les os apparents des mâchoires les peintures rupestres laissées par les jeunes des environs sur les murs efflanqués qui soutiennent encore un peu l’édifice.

Avec la tristesse des 14 juillet, quand nul ne vient déposer de gerbes de fleurs au pied du monument de la mort industrielle, à Marquette. Pas de défilé, hormis celui éventuel des nuages dans le ciel qui laissent traîner leur ombre sur les silos et la minoterie. Pas de musique pour les escorter, si ce n’est celle des cris aigus et des battements d’ailes des mouettes qui jouent entre les péniches croisant sur la Deûle.

Et je me sens aussi inutile et déplacé que Don Quichotte, au pied des Grands Moulins de Paris.



[Intra-Muros] [37]
Mes photos des Grands Moulins de Paris à Marquette (59), ICI

jeudi, mars 15, 2007

EXTRACTIONS-QUARANTE-NEUF

----- Hermann Hesse / Le jeu des perles de verre
----- Calmann-Lévy, 1955 /\ Das glasperlenspiel

"Il ne faut pas non plus avoir le moins du monde la nostalgie d’un enseignement parfait, mon ami ; c’est à te parfaire toi-même que tu dois tendre. La divinité est en toi, elle n’est pas dans les idées ni dans les livres. La vérité se vit, elle ne s’enseigne pas ex cathedra."

READ DURING WEEK 47&48&49/06
Les autres extractions du livre, ici.

mercredi, mars 14, 2007

[FINGERTIPS-2]

--------------- 'Innocence' (c) Voiker, recorded March 14 - 2007
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--------------- Rajouté dans le mini player le 30 mars 2007

mardi, mars 13, 2007

EXTRACTIONS-QUARANTE-HUIT

----- André Gortz / Lettre à D.
----- Galilée, Collection Incises, 2006

"Un amour naufragé, impossible, ça fait au contraire de la noble littérature. Je suis à l’aise dans l’esthétique de l’échec et de l’anéantissement, non dans celle de la réussite et de l’affirmation."

READ DURING WEEK 04/07
Les autres extractions du livre, ici.

vendredi, mars 09, 2007

BRITISH-MUSEUM


L’image passe, comme un bus à deux étages, devant mes yeux, mais –elle- je la retiens, je la recentre en moi, l’empêchant de se fondre dans le flou du présent perdu. Depuis le trottoir, sur Great Russell Street, j’affirme avoir vu, sur la chaussée, une pirogue avec à son bord des loups. Deux, trois, peut-être beaucoup plus, et je vous laisse me les compter. Leur poil était rasé très court, à la manière des lévriers afghans, et leurs gueules ouvertes baillaient en silence. L’écoulement de la rivière remplaçait celui des voitures. J’ai presque failli ne rien remarquer ; et me voilà désormais à pouvoir affirmer avec assurance les avoir bel et bien aperçus. N’y voyez là ni vantardise, ni solitude désabusée ; cette vision m’appartient ; peut-être la peindrai-je un jour.

A dire vrai, j’ai moins d’assurance à vous certifier l’exactitude du nom de la rue ; il en va de même pour l’instant précis auquel cela m’est réellement arrivé. Quant à me rappeler si cette vision m’a traversé l’esprit avant d’entrer au British Museum, ou après… J’ignore également si ce détail a son importance. Je vous laisse me manipuler et tisser les liens que vous voudrez.

Et puis tout cela n’a aucune importance ; je laisse infuser mes chaussures sur les rives du trottoir, pendant que les loups rient en silence ; ils se moquent bien de considérer comme moi que les musées ne se lassent, imbus d’eux-mêmes, de laisser admirer le contenu de leurs entrailles, même aux yeux mêmes de ceux qu’ils dépouillèrent un jour au son du canon, rassemblant impunément les butins et vestiges des vols, saccages et pillages des escrocs militaires d’antan ou financiers d’aujourd’hui. Egypte, Grèce antique, Italie romaine, Inde, Cambodge, Vietnam, Thaïlande, Afrique, Amériques. Vos propres entrailles, votre propre mémoire.

Je vais faire pareil ce soir, fracasser les portes de mes voisins de palier, me servir au hasard de mes étonnements, et puis j’ouvrirai une galerie dans la vieille ville pour y présenter les pièces les plus parlantes de mon expédition nocturne ; des gens du monde entier viendront admirer les traces de ces gens, je disposerai une urne pour les dons, car il faut que je m’équipe d’un nouveau pied de biche ; j’aurai également enrôlé de force la petite du 513 pour faire le ménage dans la galerie. De nuit, bien évidemment, avec des chaînes au pied.

Assis sur un banc de Hyde Parc, un vieil homme s’appuie des deux mains sur sa canne, centrée entre ses jambes serrées. Je ne me souviendrai jamais que de son profil, en contre-jour, et du code barre usé, resté collé sur le manche de la canne depuis toujours. Mon British Museum à moi.


[Intra-Muros] [36]

lundi, janvier 29, 2007

REPONSE


Vents diurnes, quels que soient les noms que d'autres ont pu leur donner, peu importe, assurément, charme des sonorités dont ils sont ainsi gratifiés, charme des euphonies naturelles qu’ils nous rendent, avec plus ou moins d’intensité, selon les éléments du décor, réels ou imaginés, et qui sont autant d'invitations au voyage, même si ces virées ne se passent qu’à l'intérieur, le plus simplement du monde.

Perles de marées, qui de leur violence maculée d’innocence éclaboussent pitons, falaises et baies, qui ignorent tout du plaisir que l'on peut tirer à les regarder, qui ignorent tout de ce rapt sybaritique flagrant d’inexactitude qui s’avoue sur tous les clichés ramenés de ce rendez-vous manqué, qui ignorent ce qu'est même un regard, qui ignorent même jusqu'à leur propre existence, essence et spontanéité, qui ignorent se donner, qui donnent tout et ignorent de demander.

Nuits étoilées dans l'infini silence qui se dénude, chaleur de l'été qui reviendra bientôt, qui assèche les larmes, qui fait soupirer l'asphalte des routes, vision binaire des choses, des gens, construction tertiaire du temps qui passe, cycle quaternaire des saisons, battement solitaire de mon cœur, dans le vent de la plage, la nuit, l'été.

Appréhension totale ou partielle, de ces milliers de nuances qui enrichissent le gris, de toutes ces feuilles qui frémissent sur un arbre, que certains amalgament, qui sont toutes un cas particulier ; un arbre confia un jour être autant de fois qu'il est de feuilles.

Sur un coin de table, attendant la poussière, posées, des questions sans réponse que personne ne se pose, belles et inconnues, d’autres que personne ne devrait poser, rutilantes et inutiles, d’autres encore que seules les personnes se posent, éternelles et infructueuses.

Ne plus répondre de rien, hormis de l’authenticité irrémédiable et inaltérée du toucher de mes deux mains endormies sur le bois de la table.




[Intra-Muros] [35]

jeudi, janvier 25, 2007

NO-FLY-MAN-LIKE-TREES



CLICK

Collage numérique - Photoshop - 23 janvier 2007
Voiker

EXTRACTIONS-QUARANTE-SEPT

----- J.G. Ballard / L'île de béton
----- 10/18 Domaine Etranger, 1991 /\ Concrete Island, 1973

"L’île était vraiment étrangère au réseau routier, infiniment plus ancienne que toute la région. On aurait dit que ce triangle de terrain vague avait survécu volontairement à force d’humilité têtue, et qu’il continuerait à persévérer dans l’être, inconnu, insoupçonné, quand les autoroutes seraient depuis longtemps retombées en poussière."

READ DURING WEEK 01/07
Les autres extractions du livre, ici.

lundi, janvier 22, 2007

THE-WORLD-AS-IT-IS



Ce n'est peut-être que dans ma tête.
Il faudrait que je regarde. De plus près.
Ou de plus loin, alors.


[Recadrage] [7]

mercredi, janvier 10, 2007

FAUTEUIL


Je m'essaye à la mélancolie du présent, la nostalgie de ma vie d’aujourd’hui, dont je me sépare volontaire, sans tambour ni trompettes, au rythme de jours qui sont désormais comptés, et j’anticipe ces moments futurs où quelqu’un d’autre viendra me les conter, avec le regard neuf et incomplet, étrangement distant et caricatural de son œil extérieur, myope, que je pardonne déjà. Car un inconnu, aigle ou vautour, viendra sans aucun doute me demander des comptes, par soif de détails ignorés, ou lors d’une simple inquisition intellectuelle, visite inutile dans les ruines de mon futur passé que je prépare. Maintenant.

Je m’essaye comme vous essaieriez un fauteuil encore neuf et fraîchement déballé, à ceci près que l’exercice auquel je me livre consiste à l’imaginer vétuste, défraîchi, décati et usé, branlant dans un coin mal éclairé du hangar d’un brocanteur. Que me restera-t-il des sensations de cette vie qui va s’estomper, comment revivrai-je parfois en pensées le souvenir du confort de l’assise que j’avais aujourd’hui, comment reverrais-je la place du fauteuil dans la salle à manger, le soulagement, l’apaisement et la tranquillité qu’il apportait également aux autres que moi. Car tout le drame d’une vie est là, peut-être, dans l’asservissement unilatéral du fauteuil que je suis, fus et serais toujours, incapable de tirer le moindre confort de son propre confort, incapable de ne tirer comme autre réconfort que le confort de celles et ceux qui s’assoupissent entre ses bras. Existe-t-il, ce quelqu’un qui aura la présence d’esprit de me soustraire au monde, ne fut-ce qu’un court instant, pour une réfection de circonstance, une restauration, en substance ?

Tendue, ma peau, comme le velours clouté sur le squelette en bois d’un Voltaire.




[Intra-Muros] [34]

jeudi, janvier 04, 2007

AVANT-D-OUBLIER


Garée, une Mercedes noire sur la ligne réservée aux taxis, chaussée de droite quand vous descendez les Champs-Elysées. Lourds sont les gardes du corps qui s'en extraient, suivis aussitôt par la légèreté de deux filles jeunes et moulées dans leur jeans, brunes et cheveux bouclés au vent du Moyen-Orient, qui trottinent et s'agrippent bientôt au bras de deux hommes dans la force de l'âge qui effectuaient la descente depuis la Place de l’Etoile, à pied; elles viennent les illuminer comme les guirlandes sur les arbres de l'avenue. Heureuse, une grand-mère assise au théâtre Mouffetard, qui tourne fréquemment la tête vers sa petite fille assise à côté d'elle pour lui sourire tout au long du spectacle, peut-être pour stimuler l'intérêt de la petite pour les Fables de La Fontaine, à moins que ce ne soit pour se confirmer que la petite prend autant de plaisir qu'elle, ou pour se rassurer que le bonheur qu'elle souhaitait lui offrir est apprécié à la valeur qu'elle en attendait, ou pour tirer son propre bonheur du bonheur de la petite. Songeur et patient, mon père assis dans un siège en cuir, à la sortie de la salle des espèces disparues ou en voie de disparition du Musée d'Histoire Naturelle, ignorant tout de ma récente fascination pour le Couagga dont le dernier spécimen se serait éteint en 1883 au zoo d'Amsterdam. Ecoutante, une jeune stagiaire métisse à qui le chef de salle explique la répartition des tâches de l'équipe du petit déjeuner au Novotel Montparnasse. Endormie, une femme assise sur ses genoux au pied d'un escalier d'une station de métro, le bras au sol tenant un gobelet vide. Vives, quatre femmes d'origine russe au sommet de l'Arc de Triomphe, discutant entre elles d'un sujet que ni vous, ni moi, ni les soldats morts ne connaîtrons jamais. Absent, un couple d'adolescents qui s'embrasse dans le sous sol du Musée de la Magie, alors que j'écoute un résumé de la vie de Jean-Eugène Robert-Houdin depuis le début et jusqu'à sa fin. Soucieux, un petit vieux rondouillard cherchant du regard ses lunettes qui viennent de tomber sur le sol du restaurant alors qu'il se rendait aux toilettes; le serveur de lui confirmer à voix haute qu'elles sont cassées; des morceaux de verres, épars, traînent à leurs pieds. Souriante, cette fille en K-way étonnée de ma réponse décontractée face à sa tentative réussie de m'alléger d'une cigarette.

Deux jours à Paris, la tour Eiffel est magnifique, sa robe miroite et son œil de cyclope balaye le ciel de la capitale dans la nuit. Saura-t-elle me dire, enfin, s’il est important que certaines choses aient de l'importance ?




[Intra-Muros] [33]

jeudi, décembre 21, 2006

NY-2007


Ma carte de voeux s'est enfin fait livrée.
Envoyez-moi vos nom et adresse,
et ce sera un plaisir pour moi.

Cliquez ICI pour la recevoir

Voiker

lundi, décembre 18, 2006

MEDITATION


Si l’endroit vous importe autant que cela, alors je ne vous cacherai pas plus longtemps que l’inaction se situe dans le nord de la Thaïlande, à l’ouest de Chiang Mai. Des collines, un temple, quelques bonzes ; des novices, une grotte, quelques chevaux. Tout ici est réfléchi, depuis la manière dont la plus petite toile d’araignée fut tissée, jusqu’à la posture d’allégeance au vent des feuilles dans les arbres ; depuis l’angle respectueux avec lequel les flaques d’eau réverbèrent les rayons du soleil et où semblent se prolonger, en profondeur, les songes et les pensées d’une nature luxuriante au pied de laquelle elles se prosternent.

Si l’époque vous importe autant que cela, je vous dirai qu’elle se situe dans le présent, à leur époque, car même si celle-ci coïncide avec la notre, il y a fort à parier qu’ils ne sauraient s’intéresser à ce qui semble vous importer autant ; et l’eussent-ils néanmoins fait, dans un élan d’allégeance rappelant pour eux seuls la posture des feuilles dans les arbres, c’est probablement imperturbables devant nos vêtements impossibles et nos pensées ancestrales qu’ils nous renverraient souriant notre image, comme ces flaques qui réverbèrent les rayons du soleil dans les yeux.

Si le moment opportun vous importe quelque peu, je vous conseillerai sans hésiter de vous y rendre la nuit, et de vous asseoir là où vous vous sentirez le mieux ; les bonzes auront les yeux ouverts vers les étoiles, tentant de les y imprimer pour les y faire briller encore dans la lumière du jour qui vient ; les araignées tisseront leur toile, patientes d’y piéger une étoile filante avant la première heure du matin ; les flaques, elles, guideront la dérive des étoiles jusqu’au lendemain, attendant peut-être qu’avec la pluie l’une d’elle s’y projette et s’y noie.

Dans le silence des collines, certains animaux, que d’autres s’imaginent éteints depuis plusieurs siècles ou aveugles de naissance, savent encore comment faire pour observer, de derrière une toile d’araignée, le reflet des yeux d’un bonze dans une flaque de pleine nuit.

Si quelque chose vous importe encore, c’est peut-être que je vous donne les coordonnées polaires du lieu ; peut-être aurais-je du commencer par ça. Vous serez surpris, et n’en reviendrez peut-être pas. C’est mon cas, parfois, quand je me rends compte que je ne sais même plus d’où je vous écris. Comme quoi.




[Intra-Muros] [32]

EXTRACTIONS-QUARANTE-SIX

----- Arto Paasilinna / Le fils du dieu de l'Orage
----- Editions Denoël, 1993 /\ Ukkosenjumalan Poika, 1984

"Rutja écouta bouche bée les discours du psychiatre. On aurait dit que le Dr Osmola trouvait le fils du dieu de l’Orage dérangé. C’était blessant, mais on pouvait comprendre cette attitude si l’on pensait à ce que l’homme avait subi. Travailler pendant des années au milieu d’aliénés laisse des traces dans n’importe quel esprit."

READ DURING WEEK 39&40/06
Les autres extractions du livre, ici.

lundi, décembre 11, 2006

ROUGE-FLAMENCO


D’objets, tant d’objets, qui sécrètent tant de romans silencieux et impubliables, qui emprisonnent tant de passés affectueux ou désaffectés, s’enrichissent de tant d’émotions intimes et sacrées qui tentent parfois de fuguer, incontrôlées, entre le mutisme des yeux et le tremblement des mains de celles et ceux qui les ont chéris, transmis, de mains en mains.

Je n’ai jamais vu le vase rouge dont tu me parlais ce matin, et pourtant, lui, me parle. Le vibrato dans ta voix, expression d’une détresse et d’un abandon infini que tu ressens mais n’oses avouer en m’en parlant. Je ne sais de quel rouge tu me parles, mais je le devine profond de la chaleur et de l’éclat qu’il a sûrement enfouis nostalgiquement au fond de lui quand tu l’as ramené d’Espagne ; un rouge ‘flamenco’, une couleur intense et passionnée, sombre et rayonnante à la fois, ultime. Un vase qui saurait se souvenir des doigts de l’artiste qui le créa, des longues heures qu’ils passèrent à caresser ses rondeurs en faisant varier leur pression, attendant l’instant sublime et éphémère qui marie le plaisir visuel de la forme qui émerge, avec la sensation de cette femme, connue de l’artiste seul, et dont ce dernier trouve subitement et d’instinct l’écho dans ses mains.

Dans une petite rue habillée de tourniquets de cartes postales, de petites filles la glace à la main, de volets à demi-clos s’endormant sur le bâillement des portes, raisonnante du bruit des sandales qui tentent de tirer de son sommeil un nuage imperceptible égaré dans le ciel du bleu, j’imagine le vase sur l’étagère d’un petit magasin, qui s’alourdit un peu plus chaque jour du regard de ceux qui le découvrent, le désirent, le placent et le déplacent, le prennent quelques instants et l’exilent un peu chez eux dans l’anonymat de leur imagination. Ton sourire en le voyant, sa peau, tes doigts, l’envie puis l’adoption.

Cela fait six ou huit saisons que le vase est revenu d’Espagne dans tes bagages. Tu déposes depuis sur lui tes yeux et tes empreintes, il est le témoin involontaire et discret de tes jours. Ton confident peut-être, un ami neutre qui te rappelle, sans se faire ni précieux ni solennel, certains jours heureux. Peut-être te connait-il mieux que moi. Mieux que n’importe qui, peut-être. Mieux que celui avec qui tu l’avais déniché, et qui ne souhaite pas non plus s’en séparer, maintenant que tu pars ; qui ne veut pas se rendre compte combien, par sa présence, ce vase sera un fardeau.

Car ce vase ne voyagera plus jamais, tant la lourdeur que lui seul peut lire sur ton cœur ces jours derniers l’empêchera désormais de danser.




[Intra-Muros] [31]

mardi, décembre 05, 2006

L'ARMEE-DE-LA-NUIT

Je me tourne et me retourne dans le lit, ce nid carré que l’on dessinera sur mesure, à la démesure de nos rêves de vie éperdue, portée par mon souffle et inspirée de ton regard, sans commune mesure avec la petitesse et l’étroitesse blêmes et blafardes communément acceptées et qui s’écoule au long des jours de mascarade, où se noient névrosées des envies non-affranchies dont on feint d’ignorer la déception que l’on en retire à postériori, où chavirent désabusées des réflexions préméditées dont la dernière que l’on a croisée viendra nourrir le feu de la prochaine conversation, où s’éperonnent fiévreusement des pensées rétrécies par l’égo des autres et le renoncement à juger bon de leur faire entendre d’autres sons ; dans ce dédale où des automates absents, promenant leurs animaux et leurs véhicules domestiques, soignent leur esthétique, vagabondent sur la voie publique et dans nos ruelles intérieures, hagardes, emplies de sonorités étouffantes, d’images persistantes et d’opinions décharnées qui mènent, une peur inavouable au ventre, vers une fin cousue de fils blancs.

La chaleur de ton instinct s’est dissipée un peu, tu dors tranquillement, ta respiration rythme sournoisement le temps qui s’évapore et qui transporte bien loin avec lui toutes les contraintes d’aujourd’hui. Ce nid douillet, les oreillers moelleux et caressants, le duvet gorgé de plumes, et ton corps, beau. Je me lève, nu, et mes pieds s’enfoncent dans la glaise humide du champ de mes pensées. C’est une aurore lancinante, teintée de brume fantomatique qui tantôt survole, tantôt câline la terre, froide et austère, quelques bosquets se devinent lentement, sans pour autant laisser préjuger de la suite. J’imaginerais volontiers le bruit d’un ancien pistolet, l’odeur de la poudre, la chute étouffée d’un corps qui s’affaisse sur le sol mouillé. Il règne en moi l’angoisse dramatique qui prend l’observateur à la gorge quand un destin se scelle sous ses yeux.

S’alignant à perte de vue devant moi, les errances capricieuses de la brume les rendant semblables à des charbons brûlants dont la pluie exhalerait les derniers souffles, têtes de corbeaux surmontant des corps d’hommes, tout vêtu de noir et régulièrement espacés, l’Armée de la Nuit me fait face, immobile. A bien y regarder, certaines lignes sont édentées, des vêtements traînent sur le sol, des claquements d’ailes et des croassements crèvent le silence et la brume, comme les cris des nouveau-nés. Je ramasse une chemise, un pantalon, les enfile. J’en prends également un jeu pour toi. Je suis transi par le froid et brulé par l’envie de me mettre à courir, de faire souffrir mes muscles, dans la douleur et dans la sensation d’une joie que j’ai du mal à comprendre, une euphorie que mon enveloppe corporelle a bien du mal à contenir. Je me sens pousser des ailes. En quelque sorte. Nul doute que c’est effectivement ce qui est en train de se passer.

La brume dissipée,
le champ libre,
à la première éclaircie,
j’essayai de voler.
J’échouai.


[Intra-Muros] [30]

lundi, décembre 04, 2006

EXTRACTIONS-QUARANTE-CINQ

Sylvie Germain

Le livres des nuits - Editions Gallimard, 1985


"D’épouse en épouse il gardait le silence et chacune de ses unions s’établissait dans le partage de ce silence. Sang-Bleu, plus encore que les deux autres, ne questionnait jamais elle-même et parlait moins encore de soi. Elle semblait avoir été taillée corps et âme dans le silence, jusqu’à cette peau si lisse qui donnait au moindre de ses gestes l’allure ondoyante d’un poisson filant au fond de l’eau. Et c’était cette part de silence qu’il avait le plus aimée en chacune de ses épouses."

READ DURING WEEK 46/06
Les autres extractions du livre, ici.