----- Julien Gracq / Un balcon en forêt
----- Librairie José Corti, 1958
dimanche, juin 03, 2007
EXTRACTIONS-SOIXANTE
mercredi, mai 30, 2007
TOCSIN
Libéré des horizontales, je me transporte de verticale en verticale, je vole de clocher en clocher, des églises où les prêtres n’officient plus qu’une fois par mois, des manoirs clandestins à eux-mêmes, aux bois qui les entourent, aux ronces naturelles et surnaturelles, clôtures et barbelés, qui les empêchent à jamais de revenir au village, pigeonniers abandonnés aux hiboux et aux rats, qui trônent hauts et massifs dans des cours de ferme aux rustines insultantes faites de tôles et de parpaings, où les vieux sont semble-t-il déjà morts plusieurs fois, dans l’indifférence des écrans, à coup sûr bientôt tous plats, cheminées d’usine où plus rien ne s’usine, où le métronome du délire humain s’est arrêté, rouillé, entre deux va-et-vient des godets qui s’inversaient puis déversaient un métal en fusion promis bientôt au laminage, comme tout le reste, comme tous ceux qui restent, tous ceux qui partirent et tous ceux qui partiront demain poursuivre ici ou ailleurs, dans la démesure, l’apprentissage plus très sorcier de l’irréalité sociale.
Je n’ai rien contre les métronomes, bien au contraire ; ils évitent que la musique ne s’emballe, ou que celle-ci ne s’embourbe ; ils permettent surtout que l’œuvre, d’une vie, puisse vibrer d’une même homogénéité, quel que soit l’artiste qui l’exécute, à l’oreille qui l’écoute, assidue ou distraite. En vérité, même sur un tempo « inadapté », on peut, sincère, apprécier la virtuosité de l’interprète ; changer d’adjectif, s’ouvrir et préférer « inattendu ».
C’était avant la suppression des métronomes et la libéralisation du marché des partitions, la généralisation des blanches -qui nécessitent moins d’encre que les noires à l’impression-, la suppression des portées, réduites à une seule ligne, la disparition des armures, trop lourdes à porter, la standardisation des clés, une seule suffisait, puis plus aucune puisque tout le monde savait de laquelle on parlait.
C’était avant que tout ne commence à sonner faux ; c’était malheureusement après que les gens ne puissent plus se rendre compte à quel point ils étaient devenus sourds.
Sourds à lier.
mardi, mai 22, 2007
EXTRACTIONS-CINQUANTE-NEUF
----- François Mauriac / Le Fleuve de feu
----- Bernard Grasset, 1923
EXTRACTIONS-CINQUANTE-HUIT
----- Julien Gracq / La presqu'île
----- Librairie José Corti, 1970
IAN-C
and ambitions are low,
And resentment rides high,
but emotions won't grow...
dimanche, mai 20, 2007
SE-METTRE-EN-QUATRE
Voici alors les réponses que je ferais:
Les 4 livres de mon enfance :
5 semaines en ballon // Jules Verne
Dix petits nègres // Agatha Christie
Le Petit prince // A. de St Exupery
Le Chateau de ma mère // Marcel Pagnol
Les 4 écrivains que je lirai et relirai encore :
Julien Gracq
Philip K. Dick
Stanilaw Lem
Asimov
Les 4 auteurs que je ne lirai probablement plus jamais :
Nothomb
BHL
Les Apôtres
W. Burrough
Les 4 premiers livres de ma liste à lire :
Le loup des steppes // H. Hesse (en cours)
La ferme des animaux // G. Orwell (acheté)
Mort à Crédit // Céline (acheté) (*)
Sade et la loi // François Ost (acheté)
Les 4 livres que j'emporterais sur une île déserte :
A la recherche du temps perdu // Proust, puisque j'aurai enfin le temps...
Le Coran, par esprit d'ouverture, puisqu'il faut du temps...
Les contes de Terremer // Ursula le Guin, pour réver, j'aurai le temps...
Le rivage des Syrthes // J. Gracq, pour l'amour de la littérature...
Les derniers mots d'un de mes livres préférés :
"Une nuit, mes vêtements s’embrasèrent. Je me maintins au niveau de la cendre pendant quelques temps, en grelottant et en pleurnichant. Disons quatre ou cinq ans encore. Il m’arrivait d’émettre des gémissements pour faire semblant de parler avec le vent, mais plus personne ne s’adressait à moi. Disons que j’avais été le dernier, cette fois-là. Disons cela et n’en parlons plus."
Des anges mineurs // A. Volodine
Les 4 lecteurs dont j'aimerais connaître les 4 :
IF6, Cheval Blanc, Kamisama, Eden...
(*) Etonnant, St-Rich, non ?
jeudi, mai 10, 2007
EXTRACTIONS-CINQUANTE-SEPT
----- François Mauriac / Un adolescent d'autrefois
----- Flammarion, 1982
mercredi, mai 09, 2007
EN-VADROUILLE...

Week-end passé du côté de chez Olivier, loin des grandes villes, loin de tout.
mercredi, mai 02, 2007
EXTRACTIONS-CINQUANTE-SIX
----- Julien Gracq / Un Beau Ténébreux
----- Librairie José Corti, 1945
jeudi, avril 26, 2007
EPAISSEUR
Ici, plus rien pour vous n’aurait d’épaisseur ; pourtant dans le pays des airs, dans ce désert de dunes de courants d’air, où seules parfois quelques feuilles perdues, la fumée des usines et certains de mes congénères révèlent par leur trajectoire toute la richesse invisible de cette mer aux vagues oxygénées, son caractère accidenté et fortuit, ses pentes inopinées, ses collines impromptues, ses dénivelés inattendus qui se chevauchent et s’entrecroisent, au grès desquels dérivent, consistants, fantomatiques et déformés, sereins quant à leur destinée aux visages multiples, les balcons du ciel.
Les ailes déployées, je découvre dans les couches aériennes azurées cette épaisseur que je m’étais tant cachée, que tant ont besoin d'ignorer, qui s’entrebâillait quelquefois dans le silence des non-dits, quand à la marge de cette vie signalisée, je sentais poindre dans certains regards, dans certaines positions incertaines des doigts, le reflet chaotique d’une vérité.
C’était à l’époque où les secondes urgentes de marbre laissaient l’intuition suggérer en moi les prémices balbutiés d’une explication quant à l’existence des poissons volants.
Bien, bien au-delà du simple plaisir de voler.
jeudi, avril 19, 2007
mercredi, avril 18, 2007
EXTRACTIONS-CINQUANTE-CINQ
----- Kurt Vonnegut / Les sirènes de Titan
----- Denoël, Présence du Futur, 1962 /\ "The sirens of Titan", 1959
vendredi, avril 06, 2007
CORVUS

And the Raven, never flitting, still is sitting, still is sitting
On the pallid bust of Pallas just above my chamber door;
And his eyes have all the seeming of a demon's that is dreaming,
And the lamplight o'er him streaming throws his shadow on the floor;
And my soul from out that shadow that lies floating on the floor
Shall be lifted - nevermore!
Edgar Alan Poe
Les ailes déployées, selon une trajectoire dont la discrète maîtrise et l’agile précision viennent caresser les âmes sommeillantes des meubles de la pièce comme pour les anoblir, l’oiseau noir-bleuté se pose alors sur la longue table de la salle à manger, avec la tendresse et la précaution innocentes d’un premier baiser. Soudain promus voyageurs des temps, la pièce et ses occupants les plus anciens, de fer, d’ivoire, de bois ou d’argent, laissent rajeunir leur éclat, faisant ravaler aux acquisitions récentes l’arrogance condamnable de leurs formes industrielles et de leur jeunesse insipide. Gienah Corvi, Tso Hea, Algoral, Minkar, Avis Satyra, sur la table, roulant dans le silence, onze billes de nacre prennent position pour dévoiler, étoiles célestes, la constellation du Corbeau.
Son imposante stature surplombe les étoiles, tel un Dieu bienveillant veillant son univers, en surveillant le destin, anonyme et austère ; son plumage brillant laisse scintiller quelques plumes irisées d’un ton bleu-violet suggérant les couleurs que cachent parfois certaines bouteilles oubliées dans le fond des caves. De longues plumes ébouriffées cerclent sa gorge, formant un arrondi sous son bec long et robuste; ses yeux sombres, presque noirs…
Ses yeux sombres, presque noirs, m’invitèrent au départ, sous le couvert d’une confiance que sciemment je lui accordai tant son regard, profond, ne pouvait qu’inciter un homme à l’allégeance et au don de soi. C’est par la fenêtre qu’ensemble nous sortîmes ; je calquai le rythme de mon premier vol sur ses propres battements d’ailes. Je volais, plongé dans la nuit noire, comme une goutte de sang noyée dans un encrier.
mercredi, avril 04, 2007
EXTRACTIONS-CINQUANTE-QUATRE
----- J.G. Ballard / Sécheresse
----- Editions Casterman, 1975 /\ "The Drought", 1965
jeudi, mars 29, 2007
MONUMENT
L’accès du site s’effectuerait en empruntant un long chemin ; et cette longueur se justifierait, non pas pour infliger aux visiteurs un effort physique méritoire, ni pour étendre le temps et lui imposer une attente illusoire. Cette longueur se définira d’elle-même, et sa durée sera celle du temps qu’il faut pour effacer avec une gomme tout ce que l’on a fait, dit ou pensé.
Le premier coup d’œil devrait permettre, même à un aveugle, de ressentir le lieu dans sa totalité ; le second, et le troisième ne devraient déroger à cette règle ; à aucun moment le visiteur ne pourrait se perdre dans l’examen contemplatif d’un détail. Nulle frise, nulle enluminure, nulle sculpture, nul travail minutieux d’un artisan, quel que fut son corps de métier. Le lieu s’imposera de lui-même pour n’être vécu que dans sa globalité.
Les formes purifiées introuvables à l’état naturel, même sous la lente érosion des siècles, leur agencement, leur dimension, leur espacement, leur cohésion, engendreraient chez les hommes, comme chez les animaux, cette solitude que ressent la poussière balayée au fond du Grand Canyon, cette langueur inexplicable des vagues sur les côtes de l’Ile de Pâques, cette immobilité brûlante du soleil sur les pans des Pyramides, ce sentiment d’appartenance de chacune des pierres de la muraille de Chine, cette acceptation de la fatalité de l’iceberg dérivant dans l’Antarctique, cet enracinement inébranlable des arbres dans le temple d’Angkor, cette portée mystique des alignements de Stonehenge. Mais en aucun cas le site ne portera d’élément, de symbole, de trace ostentatoire ou suggérée permettant à un futur archéologue, au quatrième millénaire, de dériver vers l’édification infondée d’une explication historique, d’une interprétation religieuse, politique ou d’un simple culte des morts.
Les formes des formes feraient peut-être débat. Mais j’imposerai la spatialité d’un monolithe kubrickien, les volumes obliques dégravitées de Tom Cranham pour la Tyrell Corporation. Quant aux matériaux, ils proviendront, en substance, après analyse de tous ces vestiges qui tendent encore des ponts vers le passé, de ces carrières où les blocs de pierres, si tenaces, peuvent défier l’immortalité, comme le fait parfois la transcendance d’une idée.
Dans le crissement strident du train qui ralentit, l’homme me prit la main, le regard mendiant, puis il me dit : « Cela fait… cela fait si longtemps que rien n’a été construit à la mesure de l’existence. Tous ces gens qui regardent ces monuments anciens, ce nécessaire besoin de se mettre en perspective sur le fil chronologique de l’histoire humaine. Mais jamais encore d’édifice à la mesure de l’invariable, du permanent, de la patience et du présent ; un site sans fonction, sans référence, mais monumental, post-historique. Juste le monument du cours des jours qui passent. »
Juste une petite plaque, une épigraphe, « Le grand monument du petit homme inconnu ».
mercredi, mars 28, 2007
EXTRACTIONS-CINQUANTE-TROIS
----- Pierre Sansot / Ce qu’il reste
----- Editions Payot & Rivages, 2006
dimanche, mars 25, 2007
ARMAND-EST-MORT
Le barman a les cordes vocales tranchées, rappel quotidien d’une décision irrémédiable prise un soir d’été soixante-huit de répondre par le silence et de manière définitive aux conversations vides qui l’assaillaient. Ses cheveux sont hirsutes, dans les tons orangés ; il est filiforme, porte une redingote grise, et ses initiales sont tatouées sur le lobe de son oreille gauche. Dans un coin, affalés sur leurs chaises comme deux manteaux de fourrure oubliés à la fin d’une soirée, deux docteurs en Psychanalyse Urbaine théorisent sur la virtualité de se cracher au visage, accordant leurs désaccords à force de noms d’oiseaux, passereaux, corbeaux, de manière si vivante et emportée que n’importe qui ici, soit le barman et moi, finirait par croire qu’ils se sont réellement projetés l’un à l’autre leur salive au visage. Mais ils se tournent le dos, et leurs mots se déploient au dessus de leur tête pour combattre à force d’esquives, d’amplitude sonore, de rires moqueurs, sous le haut commandement d’une confiance imbue et aveugle en leur propre vérité.
Une ombre d’air froid se précipite puis disparaît, annonçant l’arrivée d’un nouvel Elément au « Café de l’Image Innée ». Se traînant sur ses pattes avants, se tractant, rayant le plancher, émettant un son rauque comme celui d’un chien qu’on aurait emmuré, effrayante et pourtant capable d’extirper de la pitié aux regards qui la suivent, soit le barman et moi, une gargouille tente de rejoindre le pied du comptoir, l’arrière-train pris dans quelques briques encore cimentées qui refusent de se désolidariser. La chute qu’elle vient de subir, à moins qu’elle n’ait tenté et réussi à s’évader, se laisse deviner terrible et douloureuse, comme à chaque fois que l’on tombe de haut, d’une église, d’un toit, d’un petit édifice enfoui en soi.
Il faudrait que quelqu’un la soulève pour la poser sur le bar. Soit le barman, soit moi ; nos regards se croisent, dans le miroir, entre les bouteilles de whisky. J’ai maigri.
vendredi, mars 23, 2007
EXTRACTIONS-CINQUANTE-DEUX
----- Kim Newman / Hollywood Blues
----- Editions Gallimard, Folio SF, 2006 /\ "Night Mayor", 1989
[FINGERTIPS4]
--------------- 'Dans le feu' (c) Lyrics based on Cheval Blanc/Noir, Piano & Vocals by Voiker recorded March 23 - 2007
--------------- Importation du fichier mp3 sur votre ordi-: click-droit ICI puis 'enregistrez la cible sous...'
--------------- Rajouté dans le mini player le 30 mars 2007
EXTRACTIONS-CINQUANTE-ET-UN
----- Haruki Murakami / Le passage de la nuit
----- Belfond, 2007 /\ "After dark", 2004





