lundi, juillet 10, 2006

FALAISE-EN-BOIS


Il est des falaises qui peuvent vous laisser sans voie. Comme celles de Latrabjarg, de Moher ou d'Etretat. Ou celles de Kahiwa qui surplombent la mer du haut de leur six cent mètres sur l'île de Molokai. Les pieds qui hésitent, encore quelques mètres, les yeux qui respirent face à l'horizon, et qui halètent quand le regard se baisse vers les bas fonds de ces escarpements rocheux créés par l'érosion.
Et puis il y a cette falaise qui me laisse ouvrir des voies dans l'immatériel, dans l'harmonie intime et ultime du début des bouts de mes doigts. Une falaise en bois. Devant elle aussi, mes pieds hésitent, devant elle aussi mes yeux s'affaissent, sous les effets enivrants de ma propre érosion. Je tends mes mains vers elle, m'asseyant sur un petit océan de velours bleu, et caresse ses échancrures, mes phalanges sur la douceur de ses nervures, frôlant l'indolente immobilité qui précède l'instant sublime où elle rompra le silence et saura exprimer mes propres césures, voiles de bateau comme des dièses ou des bémols à la clef, mes moments d'absence, ceux où en fait j'apparais, mes jouissances, comme des bulles de savon dans un air raréfié. Mes tremblements, d'éther, mes dérisions, sincères, mes atermoiements et mes songes et mes relents et tous mes moments solitaires et. Coda. L'écho qui bientôt montera de la falaise est cette vague qui s'amuse de me noyer invariablement, et bientôt insouciant je me laisse emporter, transporter, déporter par ses portées dissolvantes, ses espaces réparateurs, son rythme plus ou moins inquisiteur, ses nuances plus ou moins dénudées, jusqu'aux portes des terres non-cimentées de l'improvisation, quand une note récurrente s'instille en moi pour me faire vibrer comme un diapason, et qu'en mes doigts surgit une autonomie qui leur est propre, et qui se met à dialoguer avec ce qui reste de plus profond dans ce qui git au plus profond de moi. Je les regarde, détaché, se détacher de moi. Sur la pointe des pieds.
Au piano, je me joue. Partition organique versatile non duplicable, même en y mettant de la bonne volonté.


[Intra-Muros] [11]

11 commentaires:

Madison a dit…

Pianissimo se laisser emporter d’un soupir en coda… et le laisser là… à portée

Voiker a dit…

Bien vu.
Une touche bcp+ feminine que la mienne.

white horse a dit…

on se refait pas...!
salut l'ami
un peu déconcentré de mon glob glob, je ne me lasse pas de te lire progressé, tout ça me rend souvent silence, mais là comme ça je me demande bien comment sa sonne un voïkie au piano, hein ? comment ça fait de la musique ? va peut être falloir que l'on se réserve une après midi des faunes, cet été ou cet automne, j'ai piano maison, du café et des clopes

hue bye bye hue

jérôme-david

Voiker a dit…

Ben voila une idée qu'elle est bonne ! Je fais réparer mon sonotone, et on sera à l'affiche dès cet automne !

white horse a dit…

ok dac, alors, bien bien
j'ai un petit programme de compression mp3, je vais pouvoir t'envoyer ce que tu m'as demander, (où est l'adresse?) ne m'en veux pas si je tarde, je rêvasse pas mal ces temps ci
toutshuss

délie a dit…

WS était en sommeil dogmatique ?

La note récurrente, c'est cela le propre de la rêverie, il y a tjrs une conséquence, une musique pour ns ramener à la réalité d c q fut aussi la note dissolvante...

délie a dit…

"Il est des fadaises qui peuvent laisser sans voix"

plus prosaïquement, je m'amuse beaucoup, parfois. Par foi je muse, je m'use etc, etc...

Lambert Saint-Paul a dit…

Une falaise en bois, des vecteurs qui incitent à sauter, des pianos-cercueils aux cordes sensibles, des embruns salvateurs qui donnent la solution : il n'y a pas de pesanteur, à moins d'aimer les chutes. L'écriture continue de votre symphonie est un nouveau monde qui ne doit pas se résoudre à la boucle samplée de l'éternel retour. Plongez dans l'ambîme pour y trouver un A-rythme cardiaque. Combien de temps sans respirer, la dernière fois ?

Voiker a dit…

Newdelie> la note récurrente, ses dons hypnotiques... très jolie ton couplet sur la fadeur des falaises... la froideur des balaises, l'odeur des mélèzes, l'horreur d'Emile Aize, jambe passe et des meilleures...

Lambert> Vous me verrez toujours flatté d'abriter vos commentaires. Il est bien vrai que les vibrations des cordes ôtent aux miraculés toute pesanteur, l'espace de ces accords en accord avec votre propre vitesse de chute. Vous m'autorisez de juger les boucles de l'éternel retour nécessaires et suffisantes, pour créer les fondements de ma propre harmonie, et les bases d'un hypnotisme tant régulateur que salvateur de la récurrence.
Le piano est probablement le seul abîme où l'on s'élève quand on s'y plonge. Le manque de respiration provient donc, non pas d'une période prolongée dans les molécules d'O qui baignent les pieds de la falaise, mais de la raréfication de l'oxygène propre à l'altitude et ses nuages mélodiques.

Quant à la dernière fois, celle-ci ne s'est fort heureusement pas encore présentée...

Voiker a dit…

White-horse Skywalker>
Le fichier compressé sur kuroblack@yahoo.com tu enverras.

Anonyme a dit…

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