lundi, décembre 18, 2006

MEDITATION


Si l’endroit vous importe autant que cela, alors je ne vous cacherai pas plus longtemps que l’inaction se situe dans le nord de la Thaïlande, à l’ouest de Chiang Mai. Des collines, un temple, quelques bonzes ; des novices, une grotte, quelques chevaux. Tout ici est réfléchi, depuis la manière dont la plus petite toile d’araignée fut tissée, jusqu’à la posture d’allégeance au vent des feuilles dans les arbres ; depuis l’angle respectueux avec lequel les flaques d’eau réverbèrent les rayons du soleil et où semblent se prolonger, en profondeur, les songes et les pensées d’une nature luxuriante au pied de laquelle elles se prosternent.

Si l’époque vous importe autant que cela, je vous dirai qu’elle se situe dans le présent, à leur époque, car même si celle-ci coïncide avec la notre, il y a fort à parier qu’ils ne sauraient s’intéresser à ce qui semble vous importer autant ; et l’eussent-ils néanmoins fait, dans un élan d’allégeance rappelant pour eux seuls la posture des feuilles dans les arbres, c’est probablement imperturbables devant nos vêtements impossibles et nos pensées ancestrales qu’ils nous renverraient souriant notre image, comme ces flaques qui réverbèrent les rayons du soleil dans les yeux.

Si le moment opportun vous importe quelque peu, je vous conseillerai sans hésiter de vous y rendre la nuit, et de vous asseoir là où vous vous sentirez le mieux ; les bonzes auront les yeux ouverts vers les étoiles, tentant de les y imprimer pour les y faire briller encore dans la lumière du jour qui vient ; les araignées tisseront leur toile, patientes d’y piéger une étoile filante avant la première heure du matin ; les flaques, elles, guideront la dérive des étoiles jusqu’au lendemain, attendant peut-être qu’avec la pluie l’une d’elle s’y projette et s’y noie.

Dans le silence des collines, certains animaux, que d’autres s’imaginent éteints depuis plusieurs siècles ou aveugles de naissance, savent encore comment faire pour observer, de derrière une toile d’araignée, le reflet des yeux d’un bonze dans une flaque de pleine nuit.

Si quelque chose vous importe encore, c’est peut-être que je vous donne les coordonnées polaires du lieu ; peut-être aurais-je du commencer par ça. Vous serez surpris, et n’en reviendrez peut-être pas. C’est mon cas, parfois, quand je me rends compte que je ne sais même plus d’où je vous écris. Comme quoi.




[Intra-Muros] [32]

5 commentaires:

saint-rich a dit…

Tu m'as transporté je ne sais où, l'espace de je ne sais combien de temps. Merci pour le voyage.

cactusjo a dit…

c'est à méditer , c'est un fait non un méfait , moi qui suis jeu vieux voire vice versa !

a dit…

yo

on arrête pas le progrès, mais on oubli la moitié des paroles...!

Dans le silence des collines, certains animaux, que d’autres s’imaginent éteints depuis plusieurs siècles ou aveugles de naissance, savent encore comment faire pour observer, de derrière une toile d’araignée, le reflet des yeux d’un bonze dans une flaque de pleine nuit

jé a dit…

http://www.dailymotion.com/video/xu9j8_si-je-regne-un-jour-debut-et-fin

Voiker a dit…

STRICH> Je ne t'ai point transporte, cela s'est fait tout seul. Les remerciements vont a celui qui inventa le premier le premier mot, ou a celui qui appris a regarder en premier...


CACTUS> Heureux de noter ta presence. Voire vice-versa...

JEDI> Amigo, je pense qu'EUX ont arrete le progres, et c'est ce qui les sauve. Les araignees avec.
Je cours de ce pas cliquer sur ton lien. Diantre, heu !