mercredi, octobre 11, 2006

PARADIS


Je te les confie, à voix basse, mes paradis minimaux, dans l'anonymat de qui je suis et que tu connais. Ces petits instants de ma vie quand je suis seul avec moi, ces instants secrets durant lesquels j'essaye d'être libre de moi, ces instants où je ne tente plus rien, plus rien qui n'ait de sens aux yeux de tout un chacun, ces instants qui s'arc-boutent sur tous les autres, qui les contiennent peut-être, ou qui les sous-tendent, ces instants qui sont finalement déconnectés de tout le reste, à moins que ce ne soit eux, les restes. Reste encore un peu, viens, je veux te parler d'un certain moi, incertain moi, un parmi tant d'autres, instants parmi tant d'autres.

Sais-tu que je visite parfois l’arrêt cardiaque de mon esprit, tentant de ressentir la non-existence, que j’essaye peut-être de m’en rappeler ? Comme s’il était possible de la vivre. Comme s’il était possible de m’en rappeler.

Sais-tu que je pose souvent mes yeux sur Cassiopée, qu’elle me sert peut-être de table de chevet, quand je laisse enfin reposer mes états d’âme pour aller rejoindre Morphée, à défaut de tes bras ; que je lis puis relie les points lumineux de lignes imaginées, de tracés en pointillés; que je me demande s’il est possible de me voir ici, de là-bas, si j'étais là-bas ?

Sais-tu que sous la pluie, la tête relevée et les bras le long du corps, comme une fusée oubliée, je laisse les gouttes frapper mon dos et me traverser pour ressortir de l’autre côté, que je ne suis plus mon obstacle à l’expression des rêves et des réalités, que j’aime à caresser ainsi de l'intérieur l'élément primaire de la vie ?

Sais-tu que j’entends le bruit de l’eau qui s’écoule, une rivière, un torrent, et les cris de quelque animal indulgent, le seul qui restera vivant dans plus vraiment très longtemps ?

Sais-tu que, les mains dans mes pensées, Je mélancolise comme un peintre les moments anciens de ma vie, ces lieux où je suis passé, murs, routes, forêts, qui ne peuvent se souvenir de moi et dont je suis le seul à pouvoir me prouver en avoir connu l'existence à cet instant là ? Nul autre que moi. Ne s’en rappellera. Du touché des troncs d’arbres dans les églises, des colonnes dans les forêts.

Sais-tu que je pense souvent aux huit minutes qui se décompteront entre le moment où le soleil s’éteindra et celui où la nuit se lèvera, définitive ? Que je pense à l’intensité de nos paroles quand ce sablier ultime s’écoulera.

Sais-tu que j’ai le mot 'métamorphose' qui s’est hissé de mon inconscient comme une bulle d’air remonte à la surface de l’eau, et que depuis j'en compte les lettres, en me disant que chacune d'elle est une semaine qui va passer ? Que la lettre qui finit ce mot marquera le début d'un autre. Moi.

Sais-tu que je m'imagine demain couché près de toi, entre les draps du temps, que je les remonte du bas du lit jusqu'à tes épaules, pour que tu ne prennes ni rides, ni froid ?

Sais-tu que je nous imagine disparaître un matin dans la brume d’une autoroute, la finesse des mots nous ayant déposés sur une ère de repos, là où la lenteur du temps est illimitée ?

Vois-tu, j’en garde quelques autres à t’avouer de vive voix, lors d’une prochaine escale. A toi, à toi, Mon paradis maximal.


[Intra-Muros] [26]

7 commentaires:

Anonyme a dit…

fort... trés fort...

Voiker a dit…

Dans l'anonymat de qui tu es, utilisateur anonyme, mes salutations distinguées...

jérômedavid a dit…

pareil

Voiker a dit…

au même...

eden a dit…

Tu n'es plus rien et tu deviens tout.

Un clin d'oeil à ton commentaire chez moi. ;)

Ton écriture est Toi, elle est très belle, limpide, un chemin d'intimité empreint d'émotions que nous partageons naturellement.
Alors l'eau, la corde, l'écrivain, le lecteur, oui, un tout sans confusion aucune, un paradis perdu ou un espace découvert, retrouvé.

Voiker a dit…

Merci, Eden.
Sur la longueur, sur l'onde, sur les phases et leur concordance...

Eden a dit…

Une escale ici, le temps passe...